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« Les centres de données dans l'espace sont une idée catastrophique, horrible et mauvaise. Ils ne fonctionneront pas »,
Affirme un ancien spécialiste en électronique spatiale de la NASA

Le , par Mathis Lucas

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28  0 
Les milliardaires de la tech rêvent désormais d'installer des centres de données pour l'IA dans l'espace. Leur objectif déclaré est d'échapper aux contraintes terrestres, notamment l'accès limité à l’énergie et la raréfaction de l'eau nécessaire au refroidissement des serveurs. Mais un ancien scientifique de la NASA affirme que c'est « une idée absolument catastrophique qui n'a vraiment aucun sens ». Il a déclaré que les centres de données spatiaux ne sont pas pratiques en raison d'une production d'électricité insuffisante, de problèmes complexes de régulation thermique et des effets néfastes des rayonnements sur les composants électroniques.

Plusieurs magnats de la tech discutent sérieusement de la construction de centres de données dans l'espace pour faire fonctionner des modèles d'IA parmi les étoiles. Selon eux, telles missions sont les plus pertinentes pour alimenter des opérations gourmandes en énergie. Cette idée émerge alors que les entreprises de fusées Blue Origin de Jeff Bezos et SpaceX d'Elon Musk s'efforcent de rendre les voyages spatiaux moins coûteux et plus courants.

« La Lune est un cadeau de l'univers », a déclaré Jeff Bezos en évoquant les avantages de l'utilisation de la Lune comme base pour lancer des projets dans l'espace. L'idée est digne d'un film de science-fiction, mais elle est de plus en plus plébiscitée. Quant à savoir si elle est réalisable, c'est une tout autre histoire.

Commentant cette nouvelle mode, qui fait de plus en plus d'adeptes, des milliardaires aux politiques, un spécialiste en électronique spatiale affirme d'emblée que « les centres de données dans l'espace ne sont pas pratiques ». Pourtant, plusieurs entreprises engagées dans la course à l'IA se précipitent pour s'associer à des entreprises de lancement spatial afin de déployer des centres de données dans l'espace. Nvidia et Starcloud réalisent un essai.

Citation Envoyé par Critique


C'est une idée absolument catastrophique qui n'a vraiment aucun sens. Il y a plusieurs raisons à cela, mais elles reviennent toutes à dire que le type d'électronique nécessaire au fonctionnement d'un centre de données, en particulier un centre de données déployant des capacités d'IA sous forme de GPU et de TPU, est exactement le contraire de ce qui fonctionne dans l'espace.

L'auteur de cette critique se présente sous le pseudonyme Taranis pour des raisons politiques. Titulaire d'un doctorat en électronique spatiale, il a travaillé pour la NASA, puis chez Google pendant 10 ans, dans différents départements de l'entreprise, notamment YouTube et la division Cloud chargée du déploiement des capacités d'IA. Selon lui, les centres de données spatiaux ne sont pas à portée de main en raison d'un certain nombre de défis complexes.

Le défi de l'alimentation : pourquoi l'énergie solaire ne suffit pas

Le premier défi cité par l'auteur est l'accès à une énergie abondante dans l'espace. Même si l’espace paraît offrir un avantage en énergie (avec un soleil permanent), l’auteur explique que ce n’est pas suffisant pour alimenter un centre de données digne de ce nom. Il prend l’exemple des panneaux solaires de la Station spatiale internationale (ISS), qui - malgré une surface immense (environ 2 500 m²) - produisent un peu plus de 200 kW au maximum.


En prenant comme référence le NVIDIA H200, la consommation électrique par GPU est de l'ordre de 0,7 kW par puce. En pratique, en comptant les pertes, un GPU H200 pourrait consommer environ 1 kW. Le spécialiste en électronique spatiale affirme qu'avec ces chiffres, une installation de la taille de l’ISS pourrait alimenter à peu près 200 GPU H200, ce qui est dérisoire par rapport aux centres de données modernes (des dizaines de milliers de GPU).

Conclusion : « pour égaler la puissance de calcul d’un seul centre de données terrestre, il faudrait lancer des centaines voire des milliers de satellites de la taille de l’ISS, ce qui rend le projet irréaliste ». L'auteur affirme également que les générateurs thermiques à radio-isotopes (RTG) ne seront pas d'une grande aide.

Le refroidissement dans le vide spatial : un cauchemar thermique

L’auteur affirme que l'idée selon laquelle « il fait froid dans l’espace » est trompeuse. Dans le vide, il n’y a ni air ni convection. « Refroidir ne serait-ce qu'un seul GPU H200 serait un véritable cauchemar. Il est évident qu'un dissipateur thermique et un ventilateur ne suffiraient pas », affirme l'ancien ingénieur de la NASA. Dans ce cas, il estime que la chaleur devrait être transférée vers un panneau radiateur qui doit diffuser la chaleur dans l'espace.

Le système de contrôle thermique actif (ATCS) de l'ISS est un exemple de ce type de système de contrôle thermique. Il utilise un circuit de refroidissement à l'ammoniac et un grand système de panneaux radiateurs thermiques. Sa limite de dissipation est de 16 kW, soit environ 16 GPU H200, un peu plus que l'équivalent d'un quart d'un rack au sol. Le système de panneaux radiateurs thermiques mesure 13,6 m x 3,12 m, soit environ 42,5 mètres carrés.

Si nous prenons 200 kW comme référence et supposons que toute cette puissance sera fournie aux GPU, nous aurions besoin d'un système 12,5 fois plus grand, soit environ 531 mètres carrés, soit environ 2,6 fois la taille du panneau solaire correspondant. « Il s'agirait alors d'un satellite très grand, dépassant largement la superficie de l'ISS, le tout pour l'équivalent de trois racks de serveurs standard sur Terre », explique l'ancien spécialiste de NASA.

« Je ne crois pas qu’une entreprise sérieuse ait l'intention de construire un centre de données dans l'espace. Il n'y a aucun avantage à essayer cela. Il y a toutefois un avantage à dire que vous allez le faire pour faire avancer un discours et détourner l'attention des problèmes auxquels sont confrontés les centres de données terrestres auprès d'un public qui, pour la plupart, ne comprend pas comment fonctionne le transfert de chaleur dans le vide », a écrit un internaute.

La radiation spatiale : un ennemi mortel pour les puces modernes

En supposant que les entreprises puissent à la fois alimenter et refroidir leurs appareils électroniques dans l'espace, elles sont confrontées à un autre problème : la tolérance aux rayonnements. Si vous vous trouvez en orbite terrestre basse (LEO), vous êtes à l'intérieur de la ceinture de radiation interne, où la dose de rayonnement est similaire à celle subie par les avions volant à haute altitude : supérieure à celle d'un avion de ligne, mais pas dramatique.

Plus loin, en orbite moyenne (MEO), où se trouvent les satellites GPS, ceux-ci ne sont pas protégés par les ceintures de Van Allen. En dehors des ceintures, vous êtes essentiellement dans l'espace lointain (les détails varient en fonction de votre proximité avec le Soleil, mais les principes sont similaires).

Citation Envoyé par Critique


Il existe deux sources principales de rayonnement dans l'espace : notre étoile, le Soleil, et l'espace lointain. Il s'agit essentiellement de particules chargées se déplaçant à une vitesse proche de celle de la lumière, allant des électrons aux noyaux d'atomes dont la masse est comparable à celle de l'oxygène. Elles peuvent causer des dommages directs en percutant le matériau dont sont faits les puces, ou indirects en traversant la puce en silicium sans rien heurter, mais en laissant derrière elles une traînée de charge.

Les processeurs (GPU, TPU, etc.) actuels sont extrêmement sensibles aux radiations, qui provoquent des erreurs et d'importantes défaillances électroniques telles que des perturbations ponctuelles et des verrouillages, ce qui a un impact critique sur la fiabilité du matériel informatique standard des centres de données. D'après l'auteur, l'industrie technologique pourrait construire des puces durcies pour l’espace, mais cela l'exposerait à un autre problème.

Les composants électroniques existants qui résistent aux conditions spatiales sont optimisés pour une faible consommation d'énergie et une fiabilité extrême plutôt que pour leurs performances, ce qui contraste fortement avec les exigences de puissance élevée et de haute densité des calculs IA modernes.

Les défis liés à la communication avec les serveurs dans l'espace

La plupart des satellites communiquent avec le sol via des ondes radio. Il est difficile d’obtenir un débit fiable bien supérieur à environ 1 Gb/s. Il compare ce chiffre avec les communications internes d’un rack de serveurs sur Terre, où des interconnexions de 100 Gb/s sont considérées comme minimales. Sans une communication très haut débit, les centres de données déployés dans l'espace ne pourraient pas servir efficacement les usages modernes.

Même si on résout l’alimentation et le refroidissement, les défis liés à la liaison de données rendent le projet beaucoup moins viable. « Je suppose que c'est tout à fait possible si vous le souhaitez vraiment, mais je pense avoir démontré ci-dessus que cela serait tout d'abord extrêmement difficile à réaliser, disproportionnellement coûteux par rapport aux centres de données terrestres, et offrirait au mieux des performances médiocres », a souligné l'auteur.

Les opérateurs de cloud européens regardent également vers le ciel

L'étude de faisabilité ASCEND de l'UE estime que l’approche est techniquement, économiquement et écologiquement réalisable. Le projet vise à déployer dans l'espace des serveurs de calcul à une altitude d'environ 1400 km, soit environ trois fois l'altitude de l'ISS. ASCEND prévoit 13 blocs de construction de centres de données spatiaux d'une capacité totale de 10 mégawatts en 2036, afin d'atteindre le point de départ de la commercialisation des services cloud.


Selon le rapport de l'étude, chaque bloc de construction - d'une surface de 6300 mètres carrés - comprend une capacité pour son propre service de centre de données et est lancé à l'intérieur d'un...
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Avatar de popo
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 02/02/2026 à 11:28
Citation Envoyé par Anthony Voir le message
moins coûteux et plus respectueux de l'environnement
Il passe sous silence le coût économique et énergétique de tels satellites.
Il passe sous silence l'impact environnemental de l'extraction des matières premières pour fabriquer ces satellites.

Et ça c'est sans même évoquer que ces fameux satellites, au bout de 5 ans, tombent et brûlent dans l'atmosphère, ajoutant dedans bon nombre de choses qui ne devrait pas s'y trouver.
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Avatar de JackIsJack
Membre éclairé https://www.developpez.com
Le 09/02/2026 à 6:24
C'est simple, si on vous annonce un truc extraordinaire et que ce n'est pas encore commercialisé au moment même de l'annonce, c'est que c'est du vent.

Les projets viables n'ont aucun intérêt à dévoiler leurs ambitions aux concurrents avant de naître.
9  0 
Avatar de Jon Shannow
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 02/12/2025 à 15:32
Citation Envoyé par DevTroglodyte Voir le message
Tu oublies le principal : la maintenance. Comment changer un cable, une puce, un serveur (physique) défectueux quand ton datacenter se balade en orbite ? Envoyer un homme et du matos en orbite ça coute super cher et ça pollue énormément.
Bon, la pollution, ils s'en foutent. Par contre, le coût peut-être un frein.

Citation Envoyé par DevTroglodyte Voir le message
Les PDG se touchent la nouille sur l'électricité que ça peut leur faire économiser, mais c'est à se demander s'ils ont déjà foutu les pieds dans un datacenter déjà existant et se sont renseigné de comment ça marche tout ça. C'est pas la première fois qu'ils nous font des annonces à la con pour orienter la politique, la recherche et le regard des gens là où ils veulent (et surtout loin de là où ils ne veulent pas qu'on regarde)
De toutes façons le problème ne se situe pas au niveau de la réalisation (tous savent que ça ne se fera pas), c'est juste d'arriver à convaincre quelques gogos pour qu'ils crachent leurs milliards. C'est ce que fait Musk avec Tesla depuis des années, et ça marche encore !
Altman le fait aussi avec son IA(G), et là aussi ça marche.
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Avatar de DevTroglodyte
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 02/12/2025 à 17:32
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Ben t'envoies un robot qui peut faire la maintenance et se réparer lui même (comme dans Terminator).
C'est ça le but de Tesla Optimus.
Bonne idée, comme ça il grillera une fois en orbite. Et ça ne change rien au problème du cout de l'envoi en orbite. A moins que tu ne nous dises que Tesla a développé un module de téléportation qui ne marche que dans la tete de Musk quand il est défoncé ?

Il y a une histoire de "Mars Exploration Rover" qui date de 2003. (il y a déjà eu un robot dans l'espace)
Des robots ultra spécialisés à des taches moins complexes qu'entretenir un data center, et qui d'ailleurs coutent le prix d'un datacenter.
7  0 
Avatar de diamondsoftware
Membre actif https://www.developpez.com
Le 17/12/2025 à 8:13
il evite de parler du probleme de refroidissement qui est un cauchemar dans le vide... ainsi que les couts de maintenance.
l'energie solaire infini? mais on la sur terre , pas besoin d'aller dans l'espace, et a des couts bien moindre.
c'est surtout un nouveau levier pour ramener le maxi de fric de la part d'investisseurs (gogos)...
Ca ne sortira jamais
7  0 
Avatar de Uther
Expert éminent sénior https://www.developpez.com
Le 07/02/2026 à 9:04
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Des spécialistes disent que c'est impossible, des spécialistes disent que c'est peut-être possible, un gars d'Amazon Web Service (AWS) dit que ce ne serait pas rentable, parce que ça coute trop cher d'envoyer des satellites en orbite.
Il n'y a qu'a attendre 4 ans et on aura plus d'informations sur l'intérêt réel de l'idée.
Personne de sérieux ne dit que c'est impossible mais beaucoup doutent, selon moi à raison, que ça soit rentable comparé a un data-center sur terre.
Les fabricants de véhicules spatiaux et de lanceurs comme Elon Musk vont forcement être plus optimistes, vu qu’ils ont tout à gagner que des sociétés de l'informatique investissent là dedans. Que ca s’avère rentable à l’usage ou non, ça leur assure le carnet de commande au moins en attendant le verdict.

Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Peut-être que des progrès ont été fait au niveau des panneaux solaires utilisés en orbite.
Les panneaux solaires se sont en effet améliorées ces vingt dernières années (environ x2 au niveau du rendement) mais probablement pas assez pour changer significativement la donne au vu de l’énorme surcout qu’implique le spatial
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Avatar de kain_tn
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 08/02/2026 à 20:57
Citation Envoyé par Mathis Lucas Voir le message
Que pensez-vous du calendrier d'Elon Musk sur le lancement des centres de données spatiaux ?


Je continue?
8  1 
Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 01/12/2025 à 17:51


C'est un peu daté, mais c'est la même logique. Comme assez peu de gens peuvent vérifier les basses contingences techniques, si on y cherche des exemples, la communication qui vient de "tout en haut" est souvent de l'enfumage.

Dans ce domaine spatial (pour éviter la vie politique française !), même les agences ne s'en privent pas (on va peut être trouver de la vie sur Mars -dans des températures extrêmes sans bouclier magnétique et sur un sol toxique- ; on va construire des habitations extra-terrestres ; on va miner l'Helium 4 lunaire -même si c'est plus simple de le fabriquer sur terre , qu'on n'a pas de centrales à fusion et que la fusion au deutérium est plus facile-)
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Avatar de DevTroglodyte
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 02/12/2025 à 14:31
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Certes, il y a plusieurs défis technologiques à relever. Mais il y a moyen de résoudre ces problèmes.
- Alimentation
- Refroidissement
- Radiation
- Communication
Tu oublies le principal : la maintenance. Comment changer un cable, une puce, un serveur (physique) défectueux quand ton datacenter se balade en orbite ? Envoyer un homme et du matos en orbite ça coute super cher et ça pollue énormément.

Les PDG se touchent la nouille sur l'électricité que ça peut leur faire économiser, mais c'est à se demander s'ils ont déjà foutu les pieds dans un datacenter déjà existant et se sont renseigné de comment ça marche tout ça. C'est pas la première fois qu'ils nous font des annonces à la con pour orienter la politique, la recherche et le regard des gens là où ils veulent (et surtout loin de là où ils ne veulent pas qu'on regarde)
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Avatar de Delias
Modérateur https://www.developpez.com
Le 06/02/2026 à 15:28
Citation Envoyé par Mathis Lucas Voir le message
Et elle ne nécessite pas de batteries.
Déjà là l'argument est perché.
A moins d'être parfaitement à la bonne orbite pour être stationnaire entre le soleil et la terre, il y a forcement un moment où un satellite passe dans l'ombre de la terre (et exceptionnellement celle de la lune).
Avoir tous les satellites dans cette petite zone va être un cauchemar. Plus toutes les autres raisons mentionnées.

Ils n'arrivent déjà pas à produire ce qui est prévu d'être installé sur terre, comment vont-ils produire encore plus pour aller dans l'espace

Faire le buzz, c'est sa seule façon de bosser, une fois de plus.
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