Une équipe de chercheurs de l'institut de recherche à but non lucratif Epoch AI utilise des sources d'informations ouvertes pour cartographier la croissance des centres de données américains. L'équipe examine minutieusement des images satellites, des permis de construire et d'autres documents juridiques locaux afin de dresser une carte des immenses bâtiments remplis d'ordinateurs qui poussent comme des champignons à travers les États-Unis. Elle transforme ensuite ces données en une carte interactive qui répertorie leurs coûts, leur puissance et leurs propriétaires.Les projets de construction de centres de données à grande échelle constituent un secteur en pleine croissance et controversé aux États-Unis. La Silicon Valley et l'administration Trump misent l'ensemble de l'économie américaine sur la croissance continue de l'IA, une mission qui nécessitera des milliards de dollars d'investissements dans des centres de données et de nouvelles infrastructures énergétiques. Les cartes d'Epoch AI constituent une base de données centrale sur ces bâtiments bruyants et gourmands en eau qui se multiplient dans nos communautés.
Contexte
L’économie numérique américaine repose sur une réalité matérielle souvent ignorée : des milliers de centres de données disséminés sur le territoire, parfois bien identifiés, parfois presque invisibles. Depuis quelques mois, une nouvelle génération de chercheurs, d’analystes et de journalistes d’investigation s’emploie à cartographier cette infrastructure cachée. Leur objectif est clair : comprendre où se trouvent réellement les data centers, quelle est leur capacité énergétique, et ce que leur prolifération dit de l’industrialisation accélérée de l’intelligence artificielle et du cloud.
Cette chasse aux data centers dissimulés n’a rien d’anecdotique. Elle révèle les angles morts de la planification énergétique, les failles de la transparence industrielle et l’ampleur réelle des investissements consentis pour soutenir l’IA à grande échelle.
Une infrastructure critique devenue difficile à localiser
Pendant longtemps, les centres de données étaient relativement simples à identifier. Ils prenaient la forme de vastes bâtiments clairement signalés, souvent implantés dans des zones industrielles ou à proximité de nœuds énergétiques stratégiques. Cette visibilité a progressivement disparu. Aujourd’hui, une partie croissante des data centers se fond dans le paysage : anciens entrepôts reconvertis, bâtiments sans enseigne, installations modulaires dissimulées derrière des structures logistiques classiques.
Cette évolution n’est pas fortuite. La montée en puissance du cloud distribué, des architectures edge et des besoins spécifiques de l’IA a favorisé des implantations plus petites, plus nombreuses et parfois volontairement discrètes. Pour les acteurs du secteur, cette opacité offre une flexibilité opérationnelle et réduit les frictions locales, notamment en matière d’urbanisme ou d’acceptabilité sociale.
Pour les chercheurs, elle pose un problème majeur : comment mesurer l’empreinte réelle du numérique si l’on ne sait pas précisément où se trouvent les infrastructures qui le rendent possible ?
La donnée comme outil de traque industrielle
Face à cette invisibilité croissante, certains projets de recherche ont adopté une approche radicalement différente. Plutôt que de se limiter aux déclarations officielles des opérateurs ou aux permis de construire, ils croisent des jeux de données hétérogènes : consommation électrique anormale, proximité de sous-stations, images satellites, permis environnementaux, réseaux de fibre optique, voire traces laissées par les appels d’offres publics.
Des initiatives comme celles menées par Epoch AI illustrent cette nouvelle méthodologie. En agrégeant des sources ouvertes et des données techniques, ces chercheurs tentent de dresser une cartographie plus réaliste du parc de data centers américains, incluant ceux qui n’apparaissent dans aucune communication officielle.
Ce travail révèle une réalité troublante : le nombre de centres de données, notamment dédiés à l’IA et à l’entraînement de modèles, est très probablement sous-estimé dans les statistiques publiques.
L'illustration d'un travail de recherche
Sur la carte d'Epoch, un cercle vert surplombe New Albany, dans l'Ohio. En cliquant dessus, vous accéderez à une vue satellite du complexe où Meta construit son centre de données «*Prometheus*». Selon Epoch, le coût total de construction s'élève à ce jour à 18 milliards de dollars et la consommation électrique est de 691 mégawatts.
«*Combinant tentes résistantes aux intempéries, installations de colocation et bâtiments traditionnels de Meta, ce centre de données illustre la réorientation de l'entreprise vers l'IA*», indique Epoch dans sa documentation. «*Pour refléter cette structure hétérogène, notre analyse s'appuie sur une combinaison de cartes d'occupation des sols, d'autorisations relatives aux turbines à gaz naturel et d'images satellite/aériennes des équipements de refroidissement afin d'estimer la capacité de calcul.» Les utilisateurs peuvent même consulter une chronologie de la construction et observer l'évolution des images satellite au fur et à mesure de l'expansion du centre de données.
«*On parle...
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