Jeff Bezos estime que le matériel PC local est dépassé et que l’avenir s’articulera autour de scénarios de cloud computing, où l’on loue sa puissance de calcul auprès d’entreprises comme Amazon Web Services ou Microsoft Azure. Ce faisant, il a relancé un ancien débat : faut-il encore posséder un ordinateur personnel, ou se contenter d’un simple terminal donnant accès à une puissance de calcul louée dans le cloud ?Jeff Bezos est principalement connu comme le fondateur d’Amazon, entreprise qu’il a créée en 1994 et qu’il a dirigée pendant plus de vingt-cinq ans, transformant une librairie en ligne en l’un des plus grands conglomérats technologiques et logistiques mondiaux.
Il quitte la direction opérationnelle d’Amazon en 2021, tout en conservant un rôle d’influence stratégique. Il se concentre alors sur d’autres projets, notamment l’aérospatial avec Blue Origin, où il défend une vision à long terme de l’industrialisation de l’espace, ainsi que sur ses investissements médiatiques, dont le rachat du Washington Post. Cette phase « post-CEO » ne marque pas un retrait, mais plutôt une redéfinition de son rôle. Bezos s’exprime moins souvent, mais chacune de ses prises de parole est scrutée, car elle reflète des orientations lourdes de sens pour l’industrie technologique.
Ces derniers mois, Jeff Bezos a multiplié des déclarations qui ont fortement résonné dans le secteur technologique.
Par exemple, il a tenu des propos très directs sur l’IA, qu’il considère moins comme une simple innovation produit que comme une couche fondamentale de l’économie numérique à venir. Dans cette perspective, l’IA n’est pas un outil optionnel, mais un moteur structurel qui justifie la concentration des ressources, des données et des capacités de calcul dans de très grandes infrastructures.
Il a néanmoins mis en garde contre le fait que l'IA est actuellement une « bulle industrielle ». S'exprimant récemment lors de l'Italian Tech Week aux côtés de John Elkann, PDG d'Exor, Bezos a déclaré que l'engouement pour l'intelligence artificielle avait conduit à un comportement inhabituel de la part des investisseurs, qui ont investi des milliards de dollars dans des entreprises dont les fondamentaux n'étaient pas solides. Il est donc difficile pour l'investisseur de faire la distinction.
Bezos a ensuite décrit les caractéristiques des bulles. Il a déclaré que le climat actuel de l'IA était tel que « chaque expérience ou idée est financée », même si les fondamentaux sont faibles. Il a souligné des comportements inhabituels, comme le fait que de petites entreprises ne comptant qu'une poignée d'employés reçoivent des milliards de dollars d'investissements. Selon lui, il s'agit là d'une caractéristique des bulles industrielles, où l'excitation pousse les capitaux à s'investir dans des entreprises sans discernement.
Bezos a également réaffirmé à plusieurs reprises sa conviction que la plupart des usages numériques finiront par être « abstraits » de leur support matériel. Le matériel devient interchangeable, tandis que la valeur se déplace vers les services, les modèles et les plateformes. Une vision cohérente avec son parcours, mais qui suscite de fortes critiques, notamment sur les questions de dépendance technologique, de souveraineté numérique et de contrôle des utilisateurs sur leurs propres outils.
Enfin, Bezos a communiqué sa vision de l’avenir de l’informatique personnelle, où il suggère que les utilisateurs pourraient abandonner le PC traditionnel au profit de machines virtuelles hébergées dans le cloud et pilotées par l’intelligence artificielle. Cette prise de position est largement interprétée comme l’expression assumée d’un modèle où la puissance de calcul, les logiciels et même l’expérience utilisateur seraient entièrement centralisés.
Dans un entretien, Bezos a raconté une anecdote au sujet d'une visite dans une brasserie historique pour illustrer son propos. Il a expliqué que cette brasserie vieille de plusieurs siècles disposait d'un musée célébrant son héritage et présentait une exposition consacrée à un générateur électrique centenaire utilisé avant la mise en place des réseaux électriques nationaux. Bezos a déclaré qu'il voyait ce générateur de la même manière qu'il voit aujourd'hui les solutions informatiques locales, espérant que les utilisateurs abandonneront le matériel local au profit de solutions cloud louées et toujours connectées proposées par Amazon et d'autres entreprises similaires.
Bezos a décrit un avenir qui se réalise déjà à bien des égards
L'idée même de simplement posséder un écran, un clavier et une souris, et d'utiliser Windows à distance via un abonnement risque d'en faire frémir plus d'un, mais il faut tenir compte des tendances actuelles.
Des centaines de millions d'entre nous ont déjà cédé la propriété de leur musique, de leurs séries télévisées et de leurs films à des entreprises de cloud computing telles que Spotify et Netflix, qui fonctionnent toutes deux sur Amazon Web Services. Les produits de cloud gaming tels qu'Amazon Luna, NVIDIA GeForce Now et Xbox Cloud Gaming connaissent également une croissance régulière, mais il ne s'agit pas seulement de ces scénarios de niche.
La grande majorité des applications et des services utilisés en ligne sont entièrement basés sur le cloud, de Fortnite à TikTok. Est-il vraiment si difficile d'imaginer que la plupart des gens seraient tout à fait disposés à louer leurs solutions informatiques complètes auprès d'entreprises telles que Microsoft et Amazon ?
Il n'y a bien sûr rien de mal à cela en tant qu'option. Mais que se passera-t-il si nous finissons par ne plus avoir le choix dans les années à venir ?
Windows 11 : Microsoft envisage de déplacer son OS vers le cloud pour apporter une offre Windows 365 au grand public
Microsoft a travaillé – et travaille toujours – sur plusieurs itérations de Windows pensées pour le cloud, avec des ambitions plus ou moins explicites selon les périodes. Il ne s’agit pas d’un unique « Windows Cloud » monolithique, mais d’une stratégie progressive et fragmentée.
En 2023, un document interne de Microsoft a révélé des plans pour apporter Windows 365 aux consommateurs : déplacer entièrement Windows vers le cloud, permettant ainsi aux utilisateurs d'accéder à un système d'exploitation à part entière qui peut être « streamé » du cloud vers n'importe quel appareil. L'entreprise fait déjà des progrès dans cette direction pour ses clients commerciaux et elle entend faire de même pour les utilisateurs réguliers également.
Cette direction a été dévoilée dans une présentation interne de Microsoft de juin 2022, qui a été divulguée dans le cadre du procès FTC contre Microsoft en cours, car elle inclut la stratégie globale de jeu de Microsoft et son lien avec d'autres parties des activités de l'entreprise. Dans cette présentation, il est indiqué que la société souhaitait introduire de « nouvelles innovations de système d'exploitation » pour accroître la popularité de Windows. Le déplacement de « Windows 11 de plus en plus vers le cloud » est identifié comme une opportunité à long terme dans l'espace grand public « Modern Life » de Microsoft, y compris l'utilisation de "la puissance du cloud et du client pour permettre des services améliorés alimentés par l'IA et une itinérance complète de l'expérience numérique des personnes .”
Le document mentionne également les services d'intelligence artificielle comme un différenciateur clé, ainsi que la possibilité de parcourir entièrement les expériences numériques des utilisateurs sur tous les appareils.
Sur le plan commercial, les opportunités à long terme de Microsoft incluent l'augmentation de l'adoption des PC cloud avec Windows 365. Une autre diapositive mentionne la nécessité de « renforcer la valeur commerciale de Windows et de contrer la menace du Chromebook ».
Les premières tentatives : Windows comme terminal
Pour dessiner l'évolution de l'idée au sein de Microsoft, rappelons dès les années 2000, Microsoft a commencé par expérimenter l’idée d’un Windows largement centralisé avec les Terminal Services, devenus ensuite Remote Desktop Services. Le principe est simple : le poste local n’exécute presque rien, tout se passe sur un serveur distant. À l’époque, la technologie est limitée par la bande passante et la latence, mais la philosophie est déjà là.
Windows 365 : le PC loué, officiellement assumé
En 2021, Microsoft franchit un cap avec Windows 365. Cette offre propose un PC Windows complet hébergé dans le cloud, accessible depuis n’importe quel appareil via un navigateur ou un client léger. L’utilisateur ne possède plus la machine : il loue un environnement Windows, avec CPU, RAM et stockage facturés mensuellement. C’est probablement la concrétisation la plus claire de la vision évoquée par Jeff Bezos. Le poste...
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