Un centre de données dans l'État de Géorgie a consommé environ 114 millions de litres d'eau sans que personne s'en aperçoive, jusqu'à ce que les habitants se plaignent d'une faible pression d'eauL'État de Géorgie est au cœur d'un scandale écologique majeur : la prolifération des centres de données assoiffe ses rivières et épuise ses réserves hydriques. Un centre de données a consommé environ 114 millions de litres (30 millions de gallons) d'eau sans surveillance ni facturation initiale. Alors que les infrastructures locales peinent à suivre cette demande massive, les résidents subissent des restrictions de consommation et dénoncent un traitement de faveur accordé aux Big Tech. Face à ces enjeux environnementaux, les populations locales exigent une réglementation plus stricte et une transparence accrue avant l'approbation de nouveaux projets.
Aux États-Unis, l'État de Géorgie est l'un des principaux hubs de centres de données du Sud-Est américain. Il bénéficie d'une infrastructure réseau dense, d'une énergie relativement bon marché et d'une position géographique centrale qui en fait un carrefour logistique numérique. Les Big Tech comme Google et Amazon y sont implantés. C'est un marché attractif pour la colocation, avec des opérateurs tels que Quality Technology Services (QTS).
L'explosion de ces infrastructures menace désormais les réserves hydriques de l'État. Un centre de données de QTS situé dans le comté de Fayette, en Géorgie, a consommé 114 millions de litres d'eau sans être facturé ni surveillé par les autorités locales. L'indignation a commencé à monter l'année dernière lorsque les habitants d'un lotissement huppé appelé Annelise Park, à Fayetteville, en Géorgie, ont remarqué que la pression de l'eau était anormalement faible.
Cette situation exceptionnelle a été rendue possible par la présence de deux raccordements industriels non déclarés ou non reliés au compte de l'entreprise. L'incident a suscité l'indignation des résidents, d'autant plus qu'il s'est produit en pleine période de sécheresse, alors que la population invitée à restreindre leur propre consommation d'eau. Pendant ce temps, QTS pompait gratuitement les réserves d'eau afin de refroidir les serveurs.
L'impact environnemental grandissant des centres de données
Ce cas sert d’avertissement aux régions américaines qui approuvent à la hâte des projets de centres de données sans avoir préalablement modernisé leurs réseaux d’approvisionnement en eau afin de mieux surveiller les pics de consommation importants. Une enquête des services publics du comté de Fayette a révélé que le site de QTS disposait de deux raccordements industriels non surveillés. L'entreprise s'est servie pendant plusieurs années.
213 centres de données répartis sur 16 marchés sont actuellement répertoriés en Géorgie
« Un raccordement à l'eau avait été installé à l'insu des services publics, et l'autre n'était pas lié au compte de l'entreprise et n'était donc pas facturé », a rapporté Politico. QTS a finalement payé environ 150 000 dollars, mais le comté a choisi de ne pas imposer d'amendes, expliquant cette clémence par un manque de personnel, une transition informatique compliquée et la volonté de maintenir de bonnes relations avec son « plus gros client ».
La directrice du réseau d'approvisionnement en eau du comté de Fayette, Vanessa Tigert, a expliqué que cette décision s'expliquait en partie par le fait que le comté s'en voulait et ne souhaitait pas froisser QTS. « C’est notre plus gros client, et nous devons être partenaires. C’est ce qu’on appelle le service client », a déclaré Vanessa Tigert. La situation a suscité la colère des résidents, qui accusent le comté de « favoritisme envers les Big Tech ».
De son côté, QTS affirme qu’il est « faux et inexact » de laisser entendre que « le site avait utilisé l’eau de manière abusive ». « Dès que ce problème de facturation a été signalé, QTS a réglé l’intégralité des frais. Toute la consommation d’eau était conforme à la réglementation en vigueur », a déclaré QTS. Le comté a confirmé une surveillance renforcée des raccordements de QTS, qui prévoit une nette réduction de sa consommation d'eau.
Les habitants dénoncent le traitement réservé aux entreprises
Les habitants ont encore du mal à digérer les avis envoyés par le comté leur recommandant de limiter leur consommation d’eau en raison de la sécheresse qui sévit actuellement dans la région. Certains ont même perdu confiance tant envers QTS qu’envers le comté. James Clifton, avocat et défenseur des droits de propriété, a été le premier à révéler la controverse entourant QTS après avoir déposé une demande d’accès aux documents publics.
Il a déclaré qu’il était indigné que QTS ne subisse aucune conséquence simplement parce que « la plupart des mois », l’entreprise est le « premier client » du comté. « La première chose qu’ils font, c’est de faire pression sur les particuliers et les citoyens pour qu’ils réduisent leur consommation d’eau, alors que QTS nous épuise littéralement », a déclaré l'avocat. Certains craignent de devoir payer la facture de ces grands opérateurs à l'avenir.
« Il n'y a aucune chance que les résidents ne finissent pas par payer la note pour ces monstres. Préparez-vous à voir vos factures d'électricité et d'eau grimper en flèche », a déclaré un critique. Mais les problèmes ne se limitent pas là. L'impact de l'IA sur les ressources en eau dépasse largement les seuls centres de données pour inclure les usines de fabrication de semiconducteurs et les centrales électriques nécessaires à leur fonctionnement.
Le simple fait de générer l'électricité indispensable pour alimenter ces installations requiert des millions de litres d'eau. Les récentes prévisions des chercheurs indiquent que l'utilisation de l'eau liée à l'industrie de l'IA devrait plus que doubler au cours des 25 prochaines années, ce qui est particulièrement alarmant sachant qu'environ 40 % des centres de données mondiaux se trouvent déjà dans des régions soumises à un grand stress hydrique.
Le secteur de l'IA n'est pas capable de résoudre la crise de l'eau
La demande croissante en eau pour alimenter les ambitions américaines en matière d'IA survient alors même que les réseaux d'approvisionnement en eau, qui se détériorent à travers le pays, ont besoin d'être modernisés. Sans surprise, de nombreuses entreprises du secteur s'attendent à ce que l'IA contribue à résoudre les problèmes d'approvisionnement en eau. Selon les experts, si rien n’est fait, les conséquences pourraient être dramatiques.
Dans un récent rapport, The Information a expliqué pourquoi « la question de l’approvisionnement en eau est un problème que l’ensemble du secteur de l’IA doit résoudre », et pas seulement les centres de données. L'empreinte hydrique de l'IA est bien plus importante dans les usines de semiconducteurs et les centrales électriques qui alimentent la fabrication de puces et le calcul informatique que dans les centres de données eux-mêmes ».
Toutefois, selon les experts, à mesure que les centres de données hyperscales s'appuieront sans doute de plus en plus sur l'électricité pour leur refroidissement, la demande en eau destinée au refroidissement des centrales électriques va exploser. Une solution pour compenser en partie ce déficit pourrait consister à récupérer environ 30 % de l’eau perdue dans le monde à cause des fuites et des vols. Mais les solutions tardent à se concrétiser.
Certaines entreprises spécialisées dans l’IA, comme Microsoft, financent l’installation de « systèmes de détection des fuites d’eau de haute technologie » conçus par FIDO Tech. En intégrant les données des capteurs à l'IA, les compteurs intelligents avancés peuvent détecter et localiser les fuites, accélérant les réparations et limitant les pertes d'eau. Ces derniers permettent également de prioriser les interventions les plus urgentes sur le réseau.
La mobilisation massive des citoyens et les pistes d'amélioration
En Arizona, une région déjà en proie à la sécheresse, un groupe de défense à but non lucratif appelé Ceres a rapporté que « les centres de données autour de Phoenix utilisent déjà environ 1,46 milliard de litres d'eau par an pour leurs besoins directs en refroidissement ». Une fois que tous les centres de données de cette région seront opérationnels, « ce chiffre grimpera en flèche pour atteindre environ 14 milliards de litres par an », a prédit Ceres.
Face à la pression exercée sur les infrastructures locales, les communautés commencent à s'organiser pour défendre leurs ressources naturelles. Dans l'Utah, des milliers de résidents se sont cotisés pour bloquer avec succès une demande de transfert d'eau destinée à un centre de données. Les terres de l'Utah sont actuellement convoitées par les hyperscaleurs. À l'échelle du pays, 69 collectivités locales ont bloqué les nouvelles constructions.
En outre, plus de 120 organisations ont récemment fait pression sur le Congrès pour exiger des évaluations environnementales exhaustives avant la construction de ces immenses complexes, dénonçant également l'utilisation de produits chimiques toxiques dans certains systèmes de refroidissement.
En réponse, l'industrie technologique tente de développer des solutions novatrices, allant de la récupération des eaux de pluie à l'utilisation de systèmes d'IA avancés pour détecter rapidement et repérer les fuites dans les réseaux municipaux vieillissants. Les services publics de ces régions explorent également ces nouvelles technologies avec intérêt, bien qu'ils restent extrêmement prudents face aux risques en matière de cybersécurité.
Le désastre sanitaire induit par les centres de données pour l'IA
Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.
Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».
Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.
Sources : Gregory Pierce, directeur du Groupe des ressources en eau de l'UCLA ; Politico
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