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Airbus transfère 70 applications critiques d'AWS vers le fournisseur français Scaleway, dans le cadre d'une stratégie de souveraineté numérique visant à garder les données sensibles sous contrôle européen

Le , par Mathis Lucas

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15  0 
Airbus a entamé le transfert de ses applications les plus sensibles d'Amazon Web Services (AWS) vers le fournisseur français Scaleway. Cette migration concerne environ 900 outils essentiels à la production et à la gestion, visant à garantir que les données restent sous juridiction européenne. Ce choix répond à une volonté de souveraineté numérique face aux législations extraterritoriales américaines, dont le Cloud Act. Bien qu'Airbus conserve certains services chez des fournisseurs américains pour des besoins moins critiques, cette transition réduit sa dépendance à l'égard de la Silicon Valley et répond aux impératifs de souveraineté européenne.

La souveraineté numérique est devenue un enjeu stratégique majeur pour les entreprises et administrations européennes, qui cherchent de plus en plus à s'affranchir des Big Tech américains. Cette tendance s'explique en partie par la crainte que les données sensibles soient soumises au Cloud Act américain, qui permet aux autorités des États-Unis d'accéder à des données hébergées par des entreprises américaines même en dehors du territoire national.

Les autres raisons sont : la volonté de ne pas dépendre de décisions commerciales ou politiques unilatérales prises outre-Atlantique ; et un contexte géopolitique plus tendu, marqué par les incertitudes liées aux relations transatlantiques. Des secteurs stratégiques comme l'aéronautique, la défense ou les administrations publiques sont particulièrement concernés, car ils manipulent des données jugées sensibles pour la sécurité nationale ou industrielle.

Le constructeur aéronautique européen Airbus a décidé de migrer ses applications les plus critiques du géant américain AWS vers le fournisseur français Scaleway. L'entreprise veut renforcer sa souveraineté numérique, Airbus ayant stipulé que ses données devaient impérativement rester « sous juridiction européenne ».

Le virage stratégique d'Airbus vers une souveraineté numérique

La décision d'Airbus est motivée par la nécessité de protéger ses données industrielles et de défense contre les lois extraterritoriales étrangères. Les inquiétudes se concentrent particulièrement sur le Cloud Act. Ces craintes ont été amplifiées par les tensions économiques et géopolitiques grandissantes entre les États-Unis et l'Union européenne, en particulier depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Les désaccords sont plus vifs que jamais.


Dans ce contexte, Scaleway s'est imposé lors de l'appel d'offres face aux géants américains. Catherine Jestin, responsable du numérique chez Airbus, ajoute que Scaleway combine une offre technique « très solide » et une offre commerciale « très compétitive », rendant le fournisseur français hautement compétitif.

Un autre argument de poids a été l'engagement de Scaleway à impliquer Airbus dans la définition de sa future feuille de route technologique. Pour le constructeur aéronautique, l'objectif global est de s'appuyer sur « un environnement informatique de confiance et performant » afin de s'assurer que son infrastructure puisse suivre le rythme de son innovation, tout en maintenant « le contrôle absolu et la résilience de ses opérations industrielles ».

À en croire Catherine Jestin, ce vaste projet concerne au total 900 applications identifiées comme étant essentielles au fonctionnement de l'entreprise, incluant les systèmes de planification des ressources (ERP), la gestion de la relation client (CRM), les systèmes d'exécution de la fabrication et la gestion du cycle de vie des produits. La transition a commencé par la migration immédiate de 70 de ces applications qui étaient jusqu'alors hébergées sur AWS.

Maintien d'un équilibre pragmatique avec les géants américains

L'année dernière, Airbus a déclaré qu'il n'était pas évident de trouver un fournisseur de services cloud capable d’héberger ses applications les plus sensibles, destinées à des charges de travail dans les secteurs de la défense et de l’industrie, car les fournisseurs de cloud européens ne disposent pas de l’envergure de leurs concurrents américains. Toutefois, les fournisseurs européens accélèrent leurs investissements pour offrir des services équivalents.

Bien que ce transfert vers Scaleway illustre une tendance européenne plus large visant à réduire la dépendance vis-à-vis des géants technologiques américains, Airbus ne coupe pas pour autant tous les ponts avec les États-Unis. Le constructeur aéronautique continuera de collaborer avec AWS pour des services spécifiques « moins sensibles », comme sa plateforme d'analyse de données d'aviation Skywise et son outil d'assistance à la gestion des dossiers.

Airbus continuera à s'appuyer sur les outils de productivité de Microsoft et Google, ainsi que d'autres fournisseurs américains comme Salesforce, Coupa et Workday. Son approche n'est donc pas de rejeter systématiquement les solutions non européennes, mais plutôt d'évaluer chaque outil de manière stratégique. Pour justifier cette stratégie hybride, la direction de l'entreprise affirme : « nous équilibrons nos choix en fonction de la criticité des données ».

Catherine Jestin explique : « en intégrant un environnement cloud fiable et hautement performant qui protège nos données critiques des lois extraterritoriales étrangères, nous veillons à ce que notre infrastructure numérique suive le rythme de nos innovations aérospatiales, tout en préservant le contrôle et la résilience de nos opérations industrielles ». Outre Airbus, de plus en plus de clients européens envisagent de se détourner des géants américains.

Les pays européens à la quête de leur souveraineté numérique

Depuis que le président Donald Trump a entamé son deuxième mandat, son attitude hostile envers ses alliés, dont certains ne le sont désormais plus, a engendré des tensions économiques et géopolitiques entre les États-Unis et l'Europe. La suspension brutale des modèles Claude Fable 5 et Claude Mythos d'Anthropic a également provoqué une onde de choc, rappelant une nouvelle fois que la dépendance aux technologies américaines peut coûter cher.


En mars, l’Allemagne a adopté un nouveau dispositif d'infrastructure numérique souveraine baptisé « Deutschland-Stack » (en allemand). Il ne s'agit pas d'une « petite décision IT ». Ce cadre a redessiné une ligne fondamentale entre dépendance et contrôle, au niveau le plus discret, mais le plus stratégique : les formats bureautiques utilisés pour stocker et échanger les documents de l’État. Cette décision a été saluée par la communauté open source.

Tous les ministères fédéraux, gouvernements régionaux et administrations municipales, de Berlin au plus petit conseil municipal, ne peuvent plus utiliser de fichiers Microsoft Office (PowerPoint, Word et Excel). Seuls deux formats sont autorisés : Open Document Format (ODF) et PDF/UA PDF/UA (Portable Document Format Universal Accessibility). Les formats propriétaires de Microsoft sont totalement exclus par le gouvernement fédéral allemand.

Ce n’est pas isolé ; d’autres pays européens ont déjà bougé. L’Allemagne n'a pas initié la vague de migrations. Plusieurs pays européens se sont engagés dans des politiques d’usage de formats ouverts. La différence, c’est l’ampleur et surtout le caractère structurant et contraignant du cadre allemand.

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Avatar de Nb
Membre averti https://www.developpez.com
Le 22/07/2026 à 17:14
Et bé c est super, plus qu'a supprimer les outils google.....
C est dingue que des entreprises aussi strategiques aient le droit d'utiliser des applis ou des systemes stockages de donnees externe.
C est comme si tu faisais tourner tes portes avions nucleaires sous nt4...ah mince me dit on dans l'oreillette 😄
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 22/07/2026 à 18:47
Airbus a entamé le transfert de ses applications les plus sensibles d'Amazon Web Services (AWS) vers le fournisseur français Scaleway.
Trop tard! Il y a belle lurette que l'ensemble des données de Airbus ont fait les beaux jours de leur principal concurrent Boeing!!!

Mais comment peut-on être aussi con? Cela laisse sans voix...

Les USA ont une politique d'ingérence de l'état dans les marchés internationaux: Les différents services de l'état américain (y compris les agences de renseignement) sont au service des entreprises américaines pour leur fournir toute l'aide possible pour gagner de nouveaux marchés... Et voilà que ces cons d'européens livrent tout simplement sur un plateau la totalité de leur données sensibles...

Et pourtant, ce n'est pas comme si on n'avait pas déjà été victime de ce genre d'agissement: L'affaire des sous-marins pour l'Australie qui a vu les USA du gentil Biden voler le marché sous le nez des français n'est pourtant pas si vieille...

Et donc maintenant Airbus est consciente de sa connerie et va placer ses données sensibles dans les mains d'une société tierce (française ou non, cela n'a pas la moindre importance). Nous avons donc une société ayant plus de 165 000 employés qui n'est pas capable d'avoir une équipe de professionnels aptes à maintenir leur propre data center???
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Avatar de kain_tn
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 22/07/2026 à 19:33
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Trop tard! Il y a belle lurette que l'ensemble des données de Airbus ont fait les beaux jours de leur principal concurrent Boeing!!!

Mais comment peut-on être aussi con? Cela laisse sans voix...

Les USA ont une politique d'ingérence de l'état dans les marchés internationaux: Les différents services de l'état américain (y compris les agences de renseignement) sont au service des entreprises américaines pour leur fournir toute l'aide possible pour gagner de nouveaux marchés... Et voilà que ces cons d'européens livrent tout simplement sur un plateau la totalité de leur données sensibles...

Et pourtant, ce n'est pas comme si on n'avait pas déjà été victime de ce genre d'agissement: L'affaire des sous-marins pour l'Australie qui a vu les USA du gentil Biden voler le marché sous le nez des français n'est pourtant pas si vieille...

Et donc maintenant Airbus est consciente de sa connerie et va placer ses données sensibles dans les mains d'une société tierce (française ou non, cela n'a pas la moindre importance). Nous avons donc une société ayant plus de 165 000 employés qui n'est pas capable d'avoir une équipe de professionnels aptes à maintenir leur propre data center???
Personne n'est aussi con. À ce niveau là, c'est juste du sabotage.
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Avatar de totozor
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 23/07/2026 à 7:29
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Trop tard! Il y a belle lurette que l'ensemble des données de Airbus ont fait les beaux jours de leur principal concurrent Boeing!!!
Mais comment peut-on être aussi con? Cela laisse sans voix...
Combien de sociétés de CAC40 stockent leurs données sur AWS, peu importe leur criticité?
Je n'ai pas la réponse mais je suis prêt à parier sur plus de la moitié.
Et l'autre moitié ne l'ont pas encore fait mais sont en plein dans le projet
Et donc maintenant Airbus est consciente de sa connerie et va placer ses données sensibles dans les mains d'une société tierce (française ou non, cela n'a pas la moindre importance). Nous avons donc une société ayant plus de 165 000 employés qui n'est pas capable d'avoir une équipe de professionnels aptes à maintenir leur propre data center???
A l'époque où je travaillais comme sous traitant chez eux tous les opérationnels de bureaux étaient des sous traitants, les interne ne faisaient que de la gestion de projet.
Ils sont revenus en arrière quelques mois plus tard quand une boite de sous traitante avait créé un monopole technique et avait fait exploser ses prix.
L'autre challenge des entreprises industrielles (en plus du fait qu'elles n'ont pas envie d'investir hors de leur corps de métier) est qu'elles ont du mal à être attirantes pour des employés SI. Le manque de moyens mis en oeuvre, le manque de perspective d'évolution et la dette technique fait fuir tout informaticien qui en veut. L'essentiel de ceux qui restent sont des planqués.
Citation Envoyé par kain_tn Voir le message
Personne n'est aussi con. À ce niveau là, c'est juste du sabotage.
Je suis pret à parier que toutes les grandes entreprises européennes sont aussi connes
Ceci dit leurs "spécialistes" sont probablement allés au salon international du cloud où on leur à présenter le graphique de je ne sais quel boite de conseil IT qui a dit que Amazon c'était le top (tout en haut à droite du graphique).
Comme le dit spécialiste n'y connait rien il est revenu avec sa brochure, a fait son petit powerpoint qu'il a présenté au CD qui a décidé, sagement, de choisir le Cloud et spécifiquement le meilleur : AWS (en tout cas d'après les consultants de SWA consulting)
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Avatar de m_amziani
Membre à l'essai https://www.developpez.com
Le 22/07/2026 à 17:21
Bravo.
2  0 
Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 23/07/2026 à 11:08
Citation Envoyé par totozor Voir le message
Ils sont revenus en arrière quelques mois plus tard quand une boite de sous traitante avait créé un monopole technique et avait fait exploser ses prix.
L'autre challenge des entreprises industrielles (en plus du fait qu'elles n'ont pas envie d'investir hors de leur corps de métier) est qu'elles ont du mal à être attirantes pour des employés SI. Le manque de moyens mis en oeuvre, le manque de perspective d'évolution et la dette technique fait fuir tout informaticien qui en veut. L'essentiel de ceux qui restent sont des planqués.
Airbus vient d'annoncer un bénéfice opérationnel prévu pour 2026 de.... 12 à 13 milliards d'euro!!!!

Et la boite n'aurait donc pas les moyens de payer "grassement" des professionnels pour gérer leur propre data center???
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Avatar de kain_tn
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 23/07/2026 à 12:16
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Airbus vient d'annoncer un bénéfice opérationnel prévu pour 2026 de.... 12 à 13 milliards d'euro!!!!

Et la boite n'aurait donc pas les moyens de payer "grassement" des professionnels pour gérer leur propre data center???
Ah non, voyons. Les bénéfices, c'est pour les actionnaires, pas pour les employés ni pour les infrastructures!
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Avatar de kain_tn
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 23/07/2026 à 12:15
Citation Envoyé par totozor Voir le message
[...]Je suis pret à parier que toutes les grandes entreprises européennes sont aussi connes
Ceci dit leurs "spécialistes" sont probablement allés au salon international du cloud où on leur à présenter le graphique de je ne sais quel boite de conseil IT qui a dit que Amazon c'était le top (tout en haut à droite du graphique).
Comme le dit spécialiste n'y connait rien il est revenu avec sa brochure, a fait son petit powerpoint qu'il a présenté au CD qui a décidé, sagement, de choisir le Cloud et spécifiquement le meilleur : AWS (en tout cas d'après les consultants de SWA consulting)
Je pense que le dit spécialiste, surtout quand il vient des plus grandes boites de consulting, connaît les enjeux de ce qu'il est en train de proposer à toutes ces grandes boites, mais qu'il le cache - ou au moins que son management connaît les enjeux. C'est pour ça que je parle de sabotage
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