L'administration fiscale et douanière néerlandaise a renoncé à son projet de migration cloud vers Microsoft 365. Le secrétaire d'État aux Finances, Eelco Eerenberg, a récemment déclaré au Parlement que le Belastingdienst (les services des impôts néerlandais), les douanes et l'Agence des prestations sociales utiliseraient des logiciels bureautiques hébergés sur des serveurs sous leur contrôle, parallèlement à des outils open source européens. Ce revirement fait suite à un rapport de l’Adviescollege ICT-toetsing (le conseil de surveillance des technologies de l'information et de la communication), qui soulignait l'absence de contrôles de chiffrement, le risque de dépendance vis-à-vis d'un fournisseur unique et l'absence de stratégie de sortie, alors que seuls environ 5 000 des 47 500 employés avaient migré.Ce revirement néerlandais s’inscrit dans une dynamique qui dépasse largement les frontières du pays. L’Europe traverse en effet actuellement une vague de transition vers le logiciel libre au sein de ses administrations publiques, portée par un rejet croissant de la dépendance aux GAFAM. En septembre 2026, les Pays-Bas ont rejoint ce mouvement en officialisant leur transition stratégique de Windows vers Linux, relançant ainsi le débat sur la comparaison entre les deux systèmes d’exploitation.
L'administration fiscale et douanière néerlandaise a renoncé à migrer vers Microsoft 365 dans le cloud. Ses logiciels bureautiques fonctionneront désormais sur des serveurs qu'elle contrôle, en association avec des outils open source européens. Le secrétaire d'État aux Finances, Eelco Eerenberg, a présenté ce projet dans une lettre adressée au Parlement néerlandais la semaine du 5 octobre 2026.
Ce changement concerne le Belastingdienst, les douanes néerlandaises et l’Agence des prestations sociales. Les services de messagerie électronique et les agendas seront transférés vers les serveurs propres à l’agence en 2027. Des outils open source dédiés au stockage personnel et à la collaboration suivront plus tard en 2027 et en 2028.
« Cela nous permet de travailler de manière ciblée à la mise en place d’une solution durable et plus autonome pour ces fonctions », a écrit Eelco Eerenberg.
De « seule option viable » à un revirement complet
En octobre 2025, le ministère a annoncé au Parlement que l’agence allait adopter Microsoft 365. À l’époque, il avait qualifié cette suite cloud d’option unique viable et réaliste. En juin 2026, Eelco Eerenberg a déclaré que l’agence allait réexaminer ce choix. Le 9 juillet, il a suspendu le déploiement.
Cette pause faisait suite à un rapport de l’Adviescollege ICT-toetsing, le conseil consultatif d’évaluation des technologies de l’information et de la communication (TIC) du gouvernement. Sa principale conclusion était que l’approche adoptée par l’agence ne permettrait pas de créer un environnement de travail adapté. En janvier 2026, environ 5 000 des quelque 47 500 employés étaient passés à Microsoft 365, a constaté le conseil.
L’Adviescollege ICT-toetsing a indiqué que l’agence n’utilisait pas le chiffrement à double clé, qui lui aurait permis d’exercer un meilleur contrôle sur ses données. Le chiffrement de bout en bout n’était pas activé par défaut pour les appels Teams en tête-à-tête. Il a également constaté une dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique et l’absence de stratégie de sortie viable. Cela limitait la liberté de l’agence de se tourner ultérieurement vers une solution plus souveraine.
Prochaines étapes de la démarche des Pays-Bas en faveur de la souveraineté numérique
L'option « sur site » est désormais envisageable, en partie grâce à l'augmentation de la capacité du centre de données mise en œuvre par l'agence, a écrit M. Eerenberg. L'agence réutilisera les licences existantes dans la mesure du possible, afin de limiter les dépenses supplémentaires. Elle suit ainsi les recommandations du conseil d'administration, qui lui a conseillé d'étudier des alternatives pour chaque fonction, plutôt que de s'en remettre à un seul fournisseur.
Cette transition entraîne des retards pour certains outils d’archivage. Plusieurs fonctionnalités liées à la gestion des documents faisaient partie de l’offre Microsoft 365 et n’existent pas en environnement sur site. L’agence étudie actuellement les moyens de les remplacer, sujet sur lequel M. Eerenberg fera le point dans sa prochaine lettre d’avancement.
Cette même volonté d’autonomie numérique a déjà fait évoluer d’autres projets. L’agence a repris l’hébergement de son nouveau système de TVA, auparavant assuré par le fournisseur. En conséquence, la mise en service du système de remboursement de la TVA est désormais prévue pour avril 2027. Le déploiement de la TVA nationale a été reporté du 1er juillet 2027 au troisième trimestre 2027.
Ailleurs aux Pays-Bas, le gouvernement développe son propre système d'exploitation Linux pour ordinateurs de bureau. En juillet 2026, Airbus a annoncé son intention de transférer ses applications les plus critiques vers un cloud français. Bruxelles a également pris des mesures pour soumettre AWS et Azure à ses règles technologiques les plus strictes.
De l’autre côté de la frontière néerlandaise, Paris a également fait de la souveraineté numérique une priorité. Lors d’un séminaire organisé en avril dernier, la DINUM a réuni pour la première fois des ministères, des opérateurs publics et des acteurs privés afin de réduire la dépendance de la France vis-à-vis des grands groupes technologiques américains. Le moment fort de cette rencontre a été l’annonce de l'abandon de Windows au profit de Linux par la DINUM elle-même, et l'imposition à chaque ministère français d'un plan de souveraineté numérique avant l'automne 2026. Ce geste symbolique masque un chantier colossal, dont la difficulté reste unanimement reconnue.
Source : Lettre adressée au Parlement par Eelco Eerenberg, secrétaire d'État aux Finances des Pays-Bas
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