L'expansion rapide des centres de données au Texas menace d'anéantir vingt ans de progrès environnementaux en matière de qualité de l'air. En raison de délais de raccordement prolongés sur le réseau électrique public, certains promoteurs installent des turbines à gaz sur site pour alimenter leurs infrastructures. Ce recours accru aux combustibles fossiles pourrait faire bondir les émissions de polluants atmosphériques, tels que les oxydes d'azote et les particules fines, jusqu'à des niveaux observés au début des années 2000. Les experts appellent à une réglementation stricte et à l'adoption d'énergies renouvelables pour inverser la tendance.Le Houston Advanced Research Center (HARC) a publié une nouvelle étude sur l'impact environnemental des centres de données aux Texas. Et les conclusions sont pour le moins alarmantes. Le rapport alerte sur la pollution induite par l'IA et indique que la croissance rapide des centres de données au Texas menace de ramener les niveaux de pollution à ceux du début des années 2000, effaçant ainsi deux décennies de progrès environnementaux.
Entre 2002 et 2024, le Texas avait réussi à réduire de façon importante ses émissions de polluants majeurs grâce au déploiement des énergies éolienne et solaire, au renforcement des contrôles industriels et à la fermeture progressive des centrales au charbon. Mais les conclusions du HARC indiquent que la trajectoire future des émissions dépendra entièrement des choix énergétiques faits pour alimenter ces nouvelles installations informatiques.
John Hall, PDG du FARC, a averti : « il y a de fortes chances que nos enfants et nos petits-enfants respirent un air plus sale que le nôtre ». Le vice-président Carlos Gamarra a averti que, faute de maîtriser cette hausse massive des émissions, la population et l’environnement en paieront un lourd tribut.
Une demande énergétique démesurée et un réseau saturé
Les centres de données sont devenus un sujet brûlant et font l'objet d'une vive contestation de la part des communautés locales. La croissance du secteur est stimulée par le déploiement massif de l'IA, dont les puces électroniques exigent des systèmes de refroidissement très consommateurs d'électricité. Le Texas est déjà devenu le premier marché américain des centres de données, comptabilisant 26 GW de capacité existante ou en construction.
Avec au moins 288 projets prévus sur l'ensemble du territoire, la capacité maximale demandée au réseau par ces installations pourrait atteindre 439 gigawatts, soit l'équivalent d'un tiers de la totalité de la production électrique des États-Unis. De nombreux mouvements s'opposent à ces infrastructures informatiques. Face à cet afflux, le gestionnaire du réseau électrique texan a révélé qu'il était submergé par les demandes de raccordement.
Devant cette saturation, le gouverneur Greg Abbott a récemment ordonné une suspension temporaire des nouveaux raccordements au réseau afin d'effectuer un audit complet de leurs besoins énergétiques et hydrauliques. Comme l'explique Carlos Gamarra du HARC : « le défi actuel pour ces centres de données lorsqu'ils essaient de se connecter au réseau est qu'ils ont des délais très longs, comme trois à cinq ans, et ils ne peuvent pas attendre ».
Pour contourner ces longs délais d'attente, de nombreux promoteurs cherchent des alternatives énergétiques sur site, ce qui entraîne d'importantes variations d'émissions polluantes. Une part importante des promoteurs a recours à des turbines à gaz sur site pour alimenter leurs infrastructures d'IA.
Des scénarios énergétiques aux conséquences contrastées
L'étude du HAARC se concentre sur les polluants de référence (criteria pollutants) et simule plusieurs scénarios illustrant comment la hausse de la demande en électricité générée par le secteur des centres de données pourrait influer sur la pollution atmosphérique dans l'ensemble de l'État. Selon le rapport, les émissions pourraient aller d’une hausse marginale à l’annulation de vingt ans de progrès dans la réduction de la pollution atmosphérique.
Dans un premier temps, le HARC s'est penché sur le cas où les centres de données s'alimentent directement via le réseau électrique classique avec son mix actuel. Dans ce scénario, le rapport indique que la pollution par les particules fines pourrait plus que tripler pour atteindre son plus haut niveau depuis 2006, tandis que les émissions d'oxydes d'azote augmenteraient de 136 % pour se rapprocher des niveaux de 2004. Ce qui est préoccupant.
En revanche, si les entreprises choisissent d'installer leurs propres moteurs à gaz naturel sur site pour accélérer la mise en service, les émissions d'oxydes d'azote pourraient s'envoler d'environ 400 % d'ici 2031, générant une pollution deux à dix fois supérieure à celle d'un approvisionnement combinant le réseau et des énergies renouvelables sur site. Carlos Gamarra appelle le gouvernement et les législateurs du Texas à encadrer rigoureusement cette évolution.
Il a déclaré que les autorités de régulation et les législateurs américains avaient un rôle à jouer pour garantir le respect et l'application des règles, tandis que les entreprises et les collectivités locales influençaient également les résultats par leurs choix technologiques et leur contrôle. « Le secteur des centres de données va continuer à se développer. Nous devons simplement trouver un moyen de le développer de manière durable », a-t-il déclaré.
Les oxydes d’azote contribuent à la formation de l’ozone troposphérique, un composant clé du smog. Ces composés chimiques sont extrêmement dangereux pour la santé et l'environnement. Entre autres risques, ils peuvent aggraver les crises d'asthme et favoriser les infections pulmonaires chez les enfants.
Retombées sanitaires et pressions sur les communautés
Cette détérioration de la qualité de l'air comporte des risques médicaux graves pour les populations, en particulier dans les grandes agglomérations qui peinent déjà à respecter les normes fédérales en raison du trafic et des chaleurs estivales. Les oxydes d'azote contribuent directement à la formation d'ozone au niveau du sol et du smog, provoquant des dommages durables au système respiratoire et des maladies pulmonaires chroniques.
L'accroissement des particules microscopiques représente une menace majeure, car ces dernières s'infiltrent profondément dans les poumons et le sang, déclenchant des crises d'asthme et des arythmies cardiaques. À l'échelle locale, la proximité immédiate de ces chantiers crée déjà d'importantes perturbations.
Dans le comté de Bastrop, des habitants dénoncent des nuisances sonores, des retombées de poussière de béton et une dépréciation brutale de la valeur de leurs logements. Le résident Jay Mirabito dit avoir perdu environ 70 000 dollars sur l'évaluation foncière de sa maison. Face à l'émergence de projets de centrales à gaz de proximité, les résidents se mobilisent pour réclamer une transparence accrue de la part des autorités de régulation.
Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Perspectives de développement durable et choix stratégiques
Malgré ce constat alarment, les experts soulignent qu'il n'est pas trop tard pour orienter la trajectoire environnementale de l'État vers des solutions durables. Le HARC préconise l'adoption d'un guide stratégique incitant les décideurs politiques et les industriels à privilégier l'énergie solaire et éolienne, à imposer la divulgation publique des consommations énergétiques et à soumettre les infrastructures aux normes environnementales existantes.
En faisant des choix énergétiques responsables dès aujourd'hui, le Texas conserve la possibilité de développer son secteur technologique tout en évitant un recul sanitaire et environnemental majeur. Le HARC prévoit que les émissions d’oxydes d’azote issues du gaz naturel pourraient augmenter de plus de 141,5 % entre 2025 et 2031. Selon les experts, cette augmentation pourrait avoir des effets nocifs majeurs sur la santé et l'environnement.
Source : rapport de l'étude
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