DeepGreen Holdings a déposé des demandes d'autorisation préliminaires auprès des autorités américaines compétentes (la FERC) afin d'étudier la faisabilité de projets de centres de données sous-marins alimentés par l'énergie marémotrice dans la partie supérieure de l'Upper Cook Inlet, en Alaska, et à Western Passage, dans le Maine. L’initiative suscite de la controverse car elle vise le coeur d’un habitat de baleines menacées d’extinction. Priorité à l'environnement ou focus sur l'innovation et la souveraineté numérique ? Les centres de données créent un dilemme.Le projet est en phase administrative préliminaire. La Commission fédérale de réglementation de l'énergie (FERC) a accordé des permis d'étude préliminaires. Ces permis n'autorisent en aucun cas la construction, mais donnent simplement la priorité à DeepGreen pour mener des études de faisabilité technique et environnementale pendant quelques années.
Le projet qui vise l’installation d’infrastructures massives d'intelligence artificielle directement sur les fonds marins entend exploiter les courants marins et la fraîcheur de l'eau pour résoudre les deux plus grands défis des datacenters terrestres : la consommation d'énergie et le refroidissement.The Trump administration is considering proposals to build two massive underwater data centers—one in Cook Inlet, Alaska, and one in the Gulf of Maine. https://t.co/FYvgDxlaQ7
— Saving Seafood (@savingseafood) October 28, 2026
Sur le site de l’Alaska, le projet prévoit l'installation de 66 capsules de serveurs (pods) et de 330 à 350 turbines marémotrices déployées sur plus de 660 hectares (1 650 acres). Il devrait générer jusqu'à 100 mégawatts pour auto-alimenter l'infrastructure. Sur celui du Maine, un projet similaire mais plus petit, est prévu pour atteindre 51 mégawatts de puissance et sera alimenté par une cinquantaine de turbines marémotrices.
Les turbines transforment l'énergie prévisible des marées en électricité tandis que l'eau de l'océan sert de puits thermique naturel pour refroidir passivement les machines, évitant ainsi le gaspillage massif d'eau douce potable.
Le projet se heurte déjà à une opposition très forte de la part des scientifiques, des ONG, des populations locales et des communautés autochtonesICYMI: A group of residents is petitioning the city of Eastport #Maine, to enact a permanent ban on #AI data facilities after DeepGreen Western Passage received a preliminary permit to test an underwater #datacenter off the city’s northern coast. https://t.co/wkF9simHCH
— The Maine Monitor (@mainemonitor) July 5, 2026
Et pour cause: l'Alaska et le Maine prévus pour ces installations chevauchent directement des habitats critiques d'espèces de baleines gravement menacées d'extinction (le béluga de Cook Inlet en Alaska et la baleine noire de l'Atlantique Nord dans le Maine). La pollution sonore issue des chantiers et du fonctionnement des serveurs risquerait de perturber gravement leur écholocation.
Bien que l'océan dissipe la chaleur, les scientifiques s'inquiètent de l'impact du réchauffement local de l'eau sur les proies en eau froide dont dépendent ces cétacés pour survivre. En Alaska, des élus locaux et des biologistes ont reproché à l'entreprise d'avoir déposé ses dossiers de manière bâclée sans concertation préalable. Dans le Maine, la ville côtière d'Eastport a adopté un moratoire pour bloquer ces structures, et la tribu autochtone Passamaquoddy a rejeté toute collaboration, notamment en raison d'un manque de consultations initiales obligatoires.
Priorité à l'environnement ou focus sur l'innovation et la souveraineté numérique ? On est sur une redite de ce dilemme avec cette initiative en cours d’étude par la FERCIn a world littered with bad ideas, here’s another one: floating data centers in the ocean. Future generations will look back on this era with ridicule for attempting to industrialize Earth’s last remaining wild frontier. Ocean Power Technologies signs letter of intent for offshore AI data center demonstration https://t.co/mu71IlbKZt
— Protect Our Coast NJ (@njcoast_protect) October 28, 2026
Le projet Natic piloté par Microsoft entre 2018 et 2024 est riche en enseignements en la matière. Immergé au large des îles Orcades (Écosse), ce projet consistait à placer 855 serveurs dans des caissons étanches refroidis naturellement par l'eau de mer. S'il a démontré un taux de pannes inférieur et un refroidissement économe, Microsoft a officiellement abandonné le projet en 2024 en raison de l'impossibilité de moderniser ou réparer les serveurs une fois sous l'eau, ainsi que des limites d'extensibilité et des contraintes écologiques locales.
Les projets chinois à Hainan et Shanghai ont repris le flambeau après l'arrêt de Microsoft. La Chine développe des centres de données sous-marins à grande échelle (notamment à Hainan) soutenus par l'État, avec l'objectif d'installer plusieurs centaines de mégawatts de capacité sous-marine pour combiner performance de calcul, proximité avec les mégapoles côtières et économie d'espace terrestre.
Ces projets résument l'opposition entre l'avantage théorique d'un refroidissement naturel sans eau douce terrestre et la réalité technique (impossibilité d'interventions humaines souples, risques industriels en milieu marin, et bilan énergétique global face à l'explosion de l'intelligence artificielle). Ils viennent aussi remettre au jour un bilan catastrophique en matière de mise sur pieds de telles infrastructures: les datacenters sont nocifs pour l’environnement.
Et vous?
Protection de l’environnement ou focus sur l’innovation numérique? De quel bord êtes-vous? Voir aussi :
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