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Le centre de données IA « Wonder Valley » en Alberta pourrait rejeter chaque jour une chaleur équivalente à 23 bombes atomiques de la puissance de celle d'Hiroshima,
Selon l'évaluation d'un physicien

Le , par Mathis Lucas

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Un projet de centre de données en Alberta soulève de vives inquiétudes en raison de son empreinte thermique monumentale. Selon un rapport technique, ce complexe pourrait libérer quotidiennement une quantité de chaleur équivalente à vingt-trois bombes atomiques de type Hiroshima s'il atteignait sa plus haute capacité énergétique. Cette installation massive générerait également environ 30 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an, représentant plus de 4 % des émissions totales du pays. L’impact environnemental des centres de données est devenu un sujet brûlant et attise l’opposition à ces projets d'ampleurs démesurées.

La société O'Leary Digital, soutenue par l'investisseur Kevin O'Leary, développe actuellement un projet de construction de centre de données dédié à l'IA dans la province canadienne de l'Alberta. Il est situé à proximité de Grande Prairie, dans le district municipal de Greenview au nord-ouest de l'Alberta. Baptisé « Wonder Valley », cet immense complexe informatique prévoit de disposer de ses propres installations de production d'électricité.

Bien que le projet soit encore en phase de planification et que son expansion doive s'effectuer progressivement, son site Web indique une capacité à long terme d'environ 7,5 gigawatts, tandis qu'un rapport technique préliminaire étudie un pic atteignant 9 gigawatts de capacité électrique. Pour alimenter une telle infrastructure, une centrale au gaz naturel devrait brûler du combustible à un rythme d'entrée énergétique de 16 à 18 gigawatts.

L'ensemble de cette énergie se transformant ultimement en chaleur. Selon les calculs menés par le physicien Robert Davies de l'Université d'État de l'Utah pour la Première Nation Sturgeon Lake Cree (SLCN), le complexe évacuerait chaque jour dans la forêt boréale une quantité d'énergie thermique équivalente à 23 bombes atomiques de la taille de celle d'Hiroshima. « L’impact sera très certainement important, voire extrême », a-t-il déclaré.

Impact environnemental et rejet thermique sans précédent

C’est une référence sensationnelle. Cependant, selon les experts du secteur, elle illustre bien la concentration de chaleur sans précédent que le centre de données est censé générer. Comme l’électricité est produite sur place et acheminée directement vers le centre de données, la chaleur n’est pas correctement dispersée comme le serait celle d’une centrale électrique classique, qui alimente les foyers et les entreprises de toute une région.


En d’autres termes, les turbines à gaz rejettent de la chaleur tout en produisant de l’électricité, et les rangées successives de puces d’IA génèrent de la chaleur en utilisant cette électricité pour effectuer des calculs, le tout au même endroit. Il en résulte une concentration extrême de chaleur dans la zone impactée.

Robert Davies affirme : « je ne peux pas imaginer que ce projet soit autorisé à se poursuivre sans ces évaluations complètes ». Il ajoute que le projet est susceptible de devenir « la plus grande source de chaleur sur un site unique de toute la planète ». O’Leary Digital prévoit d'investir jusqu'à 70 milliards de dollars.

« À plein régime, il rejetterait environ 18 gigawatts de chaleur par jour et quelque 30 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an, soit plus de 4 % des émissions totales du Canada », selon l'évaluation du physicien Robert Davies. « Lorsque l’on évoque les réglementations environnementales auxquelles ces projets doivent se conformer, il faut savoir que ces réglementations n’ont pas été conçues pour des projets d’une telle ampleur ».

Contestations judiciaires de la Nation Cree de Sturgeon Lake

En septembre 2026, la SLCN a engagé des poursuites judiciaires pour contester l'exemption du projet de toute évaluation d'impact environnemental provinciale, suivies d'une autre demande en justice pour exiger des consultations supplémentaires. Les représentants de la communauté autochtone dénoncent un processus réglementaire morcelé qui force la Première Nation à multiplier les recours légaux pour protéger les communautés locales.

Le chef Sheldon Sunshine s'est montré particulièrement critique à l'égard de la démarche des promoteurs : « c'est le projet qui a pris absolument la mauvaise direction ». Pour sa part, Robert Davies soutient qu'un examen fractionné ne permet pas d'évaluer les effets cumulatifs de l'ouvrage : « les permis vérifient les parties. Une évaluation vérifie l'ensemble. Un projet de cette taille est exactement ce pour quoi les évaluations sont conçues ».

Dans un communiqué publié le 30 octobre, le ministère de l’Environnement et des Aires protégées de l’Alberta a déclaré avoir suivi « la procédure légale en vigueur » pour déterminer qu’aucune étude d’impact sur l’environnement (EIE) n’était requise pour ce projet. Cependant, les protestations se poursuivent.

La réponse du ministère est remise en cause. « Les EIE sont généralement requises lorsqu’un projet, ou certains de ses éléments, impliquent des technologies ou des systèmes dont les impacts environnementaux sont inconnus. Dans le cas présent, le projet utilise des systèmes d’alimentation électrique et d’approvisionnement en eau standard et éprouvés, qui sont utilisés en toute sécurité en Alberta depuis des décennies », précise le communiqué.

« La procédure d’octroi des permis ne permet pas d’évaluer l’impact global d’un projet. Les permis portent sur des éléments particuliers. Une évaluation porte sur l’ensemble. Un projet de cette envergure est précisément le type de projet pour lequel les évaluations sont prévues », a rétorqué Robert Davies. L’avocate du SLCN, Orlagh O’Kelly, a souligné que « l’ampleur sans précédent du projet Wonder Valley justifie un débat plus approfondi ».

L'évaluation du physicien Robert Davies s’appuie sur des informations accessibles au public. Les autorités provinciales rappellent que le projet Wonder Valley doit néanmoins obtenir l'ensemble des permis techniques nécessaires concernant l'eau, l'air et le sol. Le ministère des Relations avec les Autochtones a déclaré ne pas être en mesure de commenter l’examen concernant la consultation, tant que l’affaire est pendante devant les tribunaux.

Le Texas face à une dégradation rapide de la qualité de l'air

Le Houston Advanced Research Center (HARC) a publié une nouvelle étude sur l'impact environnemental des centres de données aux Texas. Et les conclusions sont pour le moins alarmantes. Le rapport alerte sur la pollution induite par l'IA et indique que la croissance rapide des centres de données au Texas menace de ramener les niveaux de pollution à ceux du début des années 2000, effaçant ainsi deux décennies de progrès environnementaux.

Entre 2002 et 2024, le Texas avait réussi à réduire de façon importante ses émissions de polluants majeurs grâce au déploiement des énergies éolienne et solaire, au renforcement des contrôles industriels et à la fermeture progressive des centrales au charbon. Mais les conclusions du HARC indiquent que la trajectoire future des émissions dépendra entièrement des choix énergétiques faits pour alimenter ces nouvelles installations informatiques.

John Hall, PDG du FARC, a averti : « il y a de fortes chances que nos enfants et nos petits-enfants respirent un air plus sale que le nôtre ». Le vice-président Carlos Gamarra a averti que, faute de maîtriser cette hausse massive des émissions, la population et l’environnement en paieront un lourd tribut.

Cette détérioration de la qualité de l'air comporte des risques médicaux graves pour les populations, en particulier dans les grandes agglomérations qui peinent déjà à respecter les normes fédérales en raison du trafic et des chaleurs estivales. Les oxydes d'azote contribuent directement à la formation d'ozone au niveau du sol et du smog, provoquant des dommages durables au système respiratoire et des maladies pulmonaires chroniques.

Le désastre sanitaire causé par les centres de données d'IA

Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.

Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.

Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».

Il fait notamment référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.

Et vous ?

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Ce complexe informatique doit-il être autorisé ? Est-il possible d'atténuer les effets d'une telle infrastructure ?

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