Depuis le 1er mars 2026, le conflit armé entre les États-Unis, Israël et l'Iran a ouvert un front inédit dans l'histoire de la guerre moderne : les centres de données commerciaux des géants technologiques américains sont devenus des cibles militaires délibérées. Le 3 avril, l'IRGC (Corps des gardiens de la révolution islamique) a franchi un nouveau palier en publiant une vidéo menaçant explicitement de détruire le centre de données Stargate d'OpenAI à Abou Dhabi, un mastodonte évalué à 30 milliards de dollars et d'une capacité prévue d'un gigawatt. Derrière la rhétorique, une réalité brutale : l'infrastructure numérique mondiale entre dans l'ère de la vulnérabilité militaire.La scène est digne d'un thriller techno-militaire : une vidéo publiée par l'IRGC commence par une vue satellite de la Terre, qui effectue un zoom progressif vers Abou Dhabi. La caméra se pose sur ce qui ressemble à une étendue de désert vierge, invisible sur Google Maps. Puis le plan bascule en vision nocturne, révélant dans toute son étendue l'immense empreinte du centre de données Stargate, dissimulé aux yeux du grand public par les outils cartographiques civils. Un texte en surimpression vient ponctuer la démonstration : « Rien n'échappe à notre regard, même ce que Google cache. »
Le porte-parole de l'IRGC, le général de brigade Ebrahim Zolfaghari, a prononcé les mots qui ont sidéré le monde de la tech : toute atteinte aux infrastructures énergétiques iraniennes entraînerait des représailles immédiates. « Toutes les centrales électriques, les infrastructures énergétiques et les technologies de l'information et de la communication du régime sioniste, ainsi que toutes les entreprises similaires dans la région ayant des actionnaires américains, feront face à une annihilation complète et totale. » Le centre de données Stargate y était explicitement désigné comme cible prioritaire.
Ce n'est pas une menace en l'air lancée par un régime acculé. C'est une démonstration de capacité de renseignement, de ciblage précis et de volonté d'escalade, le tout packagé dans un format vidéo diffusé sur les réseaux sociaux.
Stargate UAE : le plus grand projet d'IA hors des États-Unis
Pour comprendre l'ampleur de l'enjeu, il faut rappeler ce qu'est Stargate UAE. Le projet implique un investissement estimé à plus de 30 milliards de dollars et est conçu pour s'inscrire dans un campus d'IA plus large d'une capacité planifiée de jusqu'à 5 gigawatts. Le déploiement spécifique aux Émirats arabes unis, désigné sous le nom de Stargate UAE, est structuré comme un cluster de calcul d'un gigawatt au sein d'un campus de 5 gigawatts couvrant environ 19,2 kilomètres carrés. Les premières phases sont censées mettre en ligne 200 mégawatts de capacité en 2026, avec une expansion progressive vers l'échelle opérationnelle complète.
Le projet Stargate est soutenu par SoftBank du Japon, et par des géants technologiques américains (Oracle, Cisco, Nvidia, OpenAI) ainsi que par G42, le conglomérat d'IA des Émirats arabes unis. Sa genèse est directement liée à la politique étrangère de Donald Trump : l'accord Stargate a été annoncé en mai 2025 lors de la visite du président américain aux EAU. C'est donc un projet à la fois commercial, géopolitique et symbolique : l'incarnation de l'ambition américaine de dominer l'IA mondiale en s'appuyant sur des alliés du Golfe.
À peine deux jours avant ces menaces, OpenAI avait bouclé une levée de fonds de 122 milliards de dollars à une valorisation post-money de 852 milliards de dollars. La valorisation d'OpenAI dépasse désormais le PIB de l'Arabie saoudite. ChatGPT compte 900 millions d'utilisateurs hebdomadaires actifs, et les revenus dépassent 2 milliards de dollars par mois. Ces 122 milliards sont censés financer en partie des infrastructures dans une zone de guerre active.
Un précédent historique : les data centers comme cibles militaires
La menace contre Stargate s'inscrit dans un contexte d'escalade qui a déjà produit des actes concrets. Avant l'aube du 1er mars 2026, des drones iraniens de type Shahed ont frappé deux centres de données d'Amazon Web Services aux Émirats arabes unis. Un troisième centre de données commercial à Bahreïn a également été touché. C'est la première fois qu'un État a délibérément ciblé des centres de données commerciaux en temps de guerre.
Les frappes ont gravement endommagé deux des trois zones de disponibilité cloud dans la région UAE (ME-CENTRAL-1) et une zone dans la région Bahreïn (ME-SOUTH-1). Les modèles de redondance standard ont échoué, car plusieurs zones sont tombées simultanément. AWS a confirmé des dommages structurels, des coupures d'alimentation, des incendies et des dégâts des eaux liés aux systèmes d'extinction. Parmi les victimes collatérales : des banques régionales majeures, des plateformes de paiement et des services logistiques critiques pour l'économie du Golfe.
Le geste symbolique le plus révélateur d'AWS a été de supprimer rétroactivement l'ensemble des frais d'utilisation pour la région ME-CENTRAL-1 sur le mois de mars, une décision rarissime qui trahit mieux que tout discours la profondeur des dégâts subis.
Le 2 avril 2026, l'IRGC a affirmé avoir ciblé un centre de données d'Oracle à Dubaï. Dubaï a démenti catégoriquement,...
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Les géants technologiques auraient-ils dû anticiper ce risque avant d'investir massivement dans des infrastructures au Moyen-Orient, ou la concentration de l'IA dans le Golfe était-elle inévitable compte tenu des ressources énergétiques et financières de la région ?