L'essor massif des centres de données pour l'IA aux États-Unis fait face à des obstacles majeurs, compromettant près de 40 % des projets prévus pour cette année. Des analyses par imagerie satellite et drones révèlent des retards importants causés par une pénurie de main-d'œuvre qualifiée et des difficultés d'approvisionnement en équipements essentiels. La demande énergétique colossale de ces infrastructures sature le réseau électrique, poussant certaines entreprises à installer leurs propres centrales à gaz. Les droits de douane imposés par Donald Trump lui-même ont contribué à saper ses ambitions en matière de centres de données pour l'IA.Selon un rapport du Financial Times, d'importants projets de centres de données impliquant Microsoft, OpenAI et d'autres entreprises technologiques dépasseront de plus de trois mois les délais initialement prévus. Le rapport s'appuie sur les données de la société d'analyse de données géospatiales SynMax, qui utilise l'imagerie satellite et l'IA pour fournir des informations en temps réel et des analyses prédictives sur les secteurs maritime et énergétique.
L'imagerie satellite est utilisée pour évaluer l'avancement de divers projets de construction, en recherchant des étapes clés telles que le défrichage et les travaux de fondation. Ces données sont ensuite recoupées avec des informations issues du secteur, notamment des déclarations publiques, des documents réglementaires et des permis, ainsi que des entretiens menés sur le terrain. La synthèse des données renseigne sur l'état d'avancement des projets.
Une crise de délais révélée par la surveillance spatiale
Un campus de 485 hectares comptant 10 bâtiments est en cours de construction dans le comté de Shackelford, au Texas, pour le compte d'Oracle, qui l'équipera pour OpenAI. Le projet devrait avoir une capacité de 1,4 GW et être livré au cours du second semestre 2026, mais des images satellites datant de début avril 2026 montrent que seules six parcelles ont été défrichées pour la construction, dont une seule présente des signes de développement.
SynMax estime qu'un bâtiment pourrait éventuellement être livré d'ici la fin de l'année, mais un calendrier plus réaliste repousse cette échéance à 2027. Un autre projet lié à OpenAI, un site de 1,2 GW dans le comté de Milam, au Texas, montre des signes de lenteur, avec un seul bâtiment en construction.
Les entreprises impliquées dans ces projets de centres de données ont nié les retards signalés. « La construction de notre centre de données historique se déroule comme prévu et nous allons accélérer le rythme à partir de maintenant. En partenariat avec Oracle, SB Energy et un écosystème plus large de partenaires, nous réalisons des progrès rapides à Abilene, dans le comté de Shackelford et dans le comté de Milam, au Texas », a déclaré OpenAI.
Oracle a déclaré : « chaque centre de données que nous développons pour OpenAI avance dans les délais, et la construction se déroule comme prévu ». SB Energy a souligné que « le centre de données du comté de Milam respecte le calendrier et est en passe de devenir l’un des centres de données de ce type les plus rapides jamais livrés ». Mais les acteurs de terrain font état d’une réalité complètement différente de celle qu'évoquent les entreprises.
Les causes structurelles et logistiques de ces retards
Près de 40 % des projets de centres de données aux États-Unis pourraient ne pas être achevés cette année comme prévu. Les retards observés s'expliquent par une combinaison de pénuries chroniques touchant la main-d'œuvre, l'énergie et l'équipement. Les dirigeants du secteur soulignent un manque critique d'ouvriers spécialisés, notamment des électriciens et des tuyauteurs, indispensables pour mener à bien bien ces infrastructures complexes.
De plus, l'approvisionnement en composants essentiels est freiné par des tarifs douaniers sur le matériel importé de Chine, notamment les transformateurs. Enfin, le processus d'obtention des permis nécessaires reste une étape longue et difficile qui ralentit la mise en service des installations.
L'impact contre-productif des droits de douane de Trump
En raison de la guerre commerciale de Donald Trump contre la Chine, les promoteurs ne peuvent pas importer suffisamment de transformateurs, d’appareillages de commutation et de batteries pour construire l’infrastructure électrique dont chaque centre de données a besoin. Le secteur traverse une crise majeure. Cet état de choses souligne que les États-Unis restent très dépendants de la Chine, malgré des années d'efforts pour rapatrier la production.
La Chine fabrique ces composants principalement pour des fournisseurs américains « depuis des décennies ». Ces composants nécessitaient auparavant un délai de livraison compris entre 24 et 30 mois avant 2020. Aujourd’hui, les délais d’attente peuvent atteindre cinq ans. Ce retard pourrait avoir son importance. En effet, certains analystes affirment que la Chine aurait environ 5 ans de retard sur les États-Unis dans la course à l’IA et d'autres secteurs.
Plutôt que de compter sur la Chine, Donald Trump préférerait que les États-Unis fabriquent leur propre équipement. Cependant, à l'heure actuelle, la capacité de production américaine pour ces appareils ne peut pas suivre la demande. En conséquence, seulement un tiers des plus grands centres de données prévus pour 2026 sont effectivement en cours de construction. Les droits de douane contre la Chine paralysent plusieurs entreprises américaines.
Les droits de douane avaient déjà aggravé les pénuries de GPU et augmenté les prix pour les consommateurs, car les fabricants tentaient de quitter la Chine pour des pays moins taxés comme le Vietnam. Mais ces pays ont également été soumis à des droits de douane élevés, et il n'y a plus d'endroit où aller. La vision de Donald Trump, à travers les droits de douane élevés, consiste à rendre les États-Unis plus grands, mais la réalité est plus prosaïque.
L'industrie américaine impuissante face à cette demande
Cette pénurie d'équipement est un obstacle majeur. Il ne s’agit pas de composants facultatifs. Ils constituent l’épine dorsale de l’infrastructure électrique de tout centre de données, l’équipement qui capte l’électricité du réseau et la rend utilisable pour des milliers de GPU fonctionnant en parallèle. Sans eux, il n'y a pas d'installation. Sans installation, il n'y a pas de capacité de calcul. Et sans capacité de calcul, la course à l'IA ralentit considérablement.
Le problème est d'une simplicité trompeuse. Les centres de données consomment d'énormes quantités d'électricité, et cette énergie doit être gérée, convertie, stockée et distribuée à l'aide d'équipements industriels spécialisés. Les transformateurs abaissent la tension du réseau électrique à des niveaux utilisables.
Les appareillages de commutation contrôlent et protègent le flux. Les systèmes de batteries assurent une alimentation de secours et la stabilité en cas de pics de demande ou de perturbations du réseau. Un seul grand centre de données dédié à l'IA peut consommer autant d'électricité qu'une petite ville. Mais l'infrastructure électrique nécessaire pour supporter cette charge ne peut pas être fournie par un fournisseur américain dans l'immédiat.
Les États-Unis disposent d’une capacité de production nationale limitée en matière d’équipements électriques lourds. Depuis des années, l’industrie s’appuie sur les importations en provenance de Chine et d’Asie du Sud-Est pour combler ce manque. Les droits de douane ont rendu la construction des infrastructures dont les géants tels que Google et Microsoft ont désespérément besoin considérablement plus coûteuse et plus difficile sur le plan logistique.
L'administration Trump semble déconnectée de la réalité
Donald Trump semble ignorer la gravité de la crise des infrastructures électriques. En mars dernier, il a ordonné aux entreprises technologiques de construire ou d'acheter leur propre énergie, sans mentionner que le véritable problème réside dans l'impossibilité de brancher ces sources d'énergie faute d'équipements disponibles. À Santa Clara, dans la Silicon Valley, deux centres de données achevés restent actuellement inutilisés faute d'électricité.
Le sort réservé à ces deux installations met en évidence un défi majeur pour le secteur technologique américain et, plus largement, pour l'économie dans son ensemble. Alors que l'essor de l'IA et du cloud computing stimule la construction massive de centres de données, l'accès à l'électricité apparaît comme le principal obstacle. L'appétit énergétique des centres de données destinés à l'IA met à rude épreuve les réseaux électriques dans le monde entier.
Cela s'explique en grande partie par le vieillissement des infrastructures électriques, la lenteur de la construction de nouvelles lignes de transport d'électricité et divers obstacles réglementaires et administratifs. Et la pression sur les systèmes électriques mondiaux ne fera qu'augmenter. Selon les projections de BloombergNEF, les besoins en électricité associés aux charges de travail de l'IA devraient plus que doubler rien qu'aux États-Unis d'ici à 2035.
Sur le Vieux Continent, la société d'analyse de données et de conseil GlobalData tire la sonnette d'alarme : l'essor de l'IA entraîne une hausse inquiétante de la consommation d’eau des centres de données européens alors que les ressources en eau deviennent limitées. La situation fait craindre une pénurie d'eau.
Le goulot d'étranglement énergétique et les solutions
La consommation électrique des nouveaux centres de données est phénoménale, équivalant parfois à celle de centaines de milliers de foyers. Cette demande massive crée un véritable blocage, car les compagnies d'électricité peinent à augmenter leur capacité de production et à étendre les infrastructures de distribution assez rapidement. Pour pallier ce manque, plusieurs entreprises technologiques installent leurs propres centrales électriques sur site.
Ces solutions de secours reposent lourdement sur des turbines à gaz naturel, des générateurs mobiles installés sur des camions, ou même des moteurs de turbines initialement conçus pour les avions de chasse et les navires de guerre. Le supercalculateur de xAI d'Elon Musk à Memphis s'appuie sur les turbines à gaz polluantes. Cette installation polluante suscite la colère des locaux, qui accusent l'entreprise et Elon Musk de pollution environnementale.
La montée des moratoires et de l'opposition politique
Donald Trump a signé un décret obligeant les entreprises à payer leurs factures d’électricité. Ce décret visait à répondre aux inquiétudes des communautés qui s’opposent de plus en plus à toute construction de centres de données susceptible de faire grimper les coûts de l’électricité dans les zones voisines de ces installations. En janvier dernier, Microsoft s'est engagé à payer l'intégralité des coûts d'électricité de ses nombreux centres de données énergivores.
Cependant, Donald Trump semble perdre rapidement du terrain sur ce front également, car les craintes des communautés, qui vont au-delà des coûts des services publics, contribuent à faire gagner du terrain aux moratoires sur la construction de centres de données aux niveaux local, régional et national.
Le projet de loi a fixé des conditions strictes pour lever...
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