Approuvé en catimini, contesté avec fureur : le méga-datacenter d'un milliardaire de la téléréalité met l'Utah à feu et à sang. Le projet Stratos de Kevin O'Lear, 40 000 acres, 9 gigawatts, entièrement alimenté au gaz naturel, a été validé à l'unanimité par les commissaires du comté de Box Elder le 4 mai 2026, sous les huées d'une foule de plusieurs centaines de résidents. Réponse de l'investisseur vedette de Shark Tank : les opposants sont des « activistes professionnels » téléguidés et acheminés par bus depuis d'autres États, dont certains animés par de l'intelligence artificielle. Une rhétorique qui masque mal les contradictions factuelles d'un projet hors norme aux implications environnementales potentiellement catastrophiques.Début mai, à Tremonton, dans le comté de Box Elder (Utah), les commissaires du comté ont été submergés par des centaines de manifestants scandant « Shame ! Shame ! Shame ! » (Honte ! Honte ! Honte !) lorsqu'ils ont voté à l'unanimité en faveur d'un gigantesque projet de datacenter « hyperscale » dédié à l'intelligence artificielle, que de nombreux résidents craignent pour ses effets sur les prix de l'énergie et l'accès à l'eau.
Le projet en question, baptisé « Stratos » par les autorités de l'État, est porté par Kevin O'Leary, l'investisseur canadien connu du grand public pour son rôle dans l'émission de téléréalité Shark Tank, via sa société O'Leary Digital, en partenariat avec le promoteur local WestGen. Le développement, surnommé « Wonder Valley » en référence au surnom télévisuel de l'investisseur (« Mr. Wonderful ») couvrirait plus de 40 000 acres du nord de l'Utah, soit plus de deux fois et demie la superficie de Manhattan.
Lors de la réunion du 4 mai, lorsque les débats ont commencé, le président de la commission du comté, Tyler Vincent, a annoncé qu'il n'y aurait pas de période de commentaires publics, ce qui a provoqué un retard de plusieurs minutes avant que la séance ne puisse reprendre. Selon Vincent, ils continuaient de négocier avec la MIDA et utilisaient cette réunion comme une opportunité de fournir des informations complémentaires aux résidents du comté.
Un projet pharaonique aux chiffres vertigineux
Pour mesurer l'ampleur du projet Stratos, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le campus de datacenters pourrait consommer à terme 9 gigawatts de puissance, soit plus du double de la consommation électrique moyenne actuelle de tout l'État de l'Utah, estimée à environ 4 gigawatts. La première phase prévoit à elle seule 3 gigawatts de capacité de génération.
Toute cette énergie sera produite sur site grâce à une connexion directe au Ruby Pipeline, un gazoduc interstate de 680 miles qui traverse le nord de l'Utah entre le Wyoming et l'Oregon. Autrement dit : pas de renouvelables, contrairement à ce qu'a affirmé O'Leary sur les réseaux sociaux. Le directeur exécutif de la MIDA, Paul Morris, a déclaré aux commissaires du comté que l'installation « ne prendrait pas un seul électron » du réseau existant et pourrait même, à terme, réinjecter de l'énergie excédentaire.
Les conséquences climatiques projetées sont sévères. Selon le professeur Kevin Perry, spécialiste des sciences de l'atmosphère à l'Université de l'Utah, le projet entraînerait une augmentation de 50 % des émissions de CO₂ de l'État. Le campus serait localisé dans le bassin versant du Grand Lac Salé, un lac qui a déjà perdu environ la moitié de sa surface, dont le lit asséché libère des poussières toxiques dans l'air respiré par les habitants, et pour la restauration duquel l'Utah a consacré un milliard de dollars sans résultat suffisant.
La question de l'eau est au cœur des craintes locales. Des scientifiques ont relevé que la MIDA prétend que la première phase de 3 gigawatts n'utiliserait que 24 acres-pieds d'eau, un chiffre que le professeur Robert Davies de l'Université d'État de l'Utah a calculé comme étant 97 % plus efficace que la centrale à gaz la plus efficace des États-Unis, rendant la prétention physiquement invraisemblable. Le professeur Patrick Belmont, de la même université, est allé plus loin, affirmant que le projet anéantirait tous les gains de restauration accomplis sur le Grand Lac Salé.
Un calendrier expéditif qui soulève des questions de gouvernance
Au-delà de l'impact environnemental, c'est la vitesse à laquelle le projet a été mené qui interpelle. Les commissaires du comté ont indiqué n'avoir entendu parler du projet que par des « rumeurs » lors de la dernière session législative, avant d'être invités à se prononcer en quelques jours sur un projet multimilliardaire affectant le bassin du Grand Lac Salé.
Le projet est porté par la Military Installation Development Authority (MIDA), une agence quasi-gouvernementale de l'État qui coordonne le développement sur des terrains militaires. Pour « attirer » O'Leary, la MIDA a approuvé le 24 avril une réduction massive de la taxe sur l'utilisation de l'énergie, la faisant passer...
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