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« Que les données règnent » : Trump et les milliardaires de la tech lancent une campagne pour sauver les centres de données IA,
Après le blocage de projets estimés à 130 milliards de dollars

Le , par Mathis Lucas

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Des milliardaires de la technologie financent actuellement une vaste campagne publicitaire visant à contrer l'opposition croissante des citoyens face à la construction de centres de données d'IA. Les contestataires s'inquiètent de la consommation excessive d'énergie et de l'impact environnemental de ces infrastructures massives. En réponse, le groupe de pression « Build American AI » investit des millions dans des États stratégiques afin de promouvoir les bénéfices économiques et la création d'emplois liés au secteur. Alors que plusieurs projets de construction sont déjà bloqués ou retardés, le débat devient un enjeu central des élections de mi-mandat.

Aux États-Unis, le mouvement de contestation contre les centres de données gagne en popularité et met en péril les ambitions des Big Tech en matière d'IA. Le 18 juillet, 142 rassemblements ont été organisés dans 42 États américains, du Texas à la Californie. Derrière ces manifestations massives, menées par l'association citoyenne Humans First, se cache un public qui ne croit tout simplement pas aux arguments avancés par le secteur de l'IA.

Les manifestants réclament plus de transparence, une meilleure protection des ressources hydriques et des mécanismes de responsabilisation des Big Tech. Pour le secteur, la problématique ne se limite plus au simple déploiement d'infrastructures, mais devient une question d'acceptabilité sociale.

Pour contrer les mouvements sociaux, un groupe de pression soutenu par des milliardaires de la technologie a lancé une campagne publicitaire de plusieurs millions de dollars dans les États clés des élections américaines. Cette initiative, menée par le groupe Build American AI, liée au super PAC pro-IA Leading the Future, vise à contrer un rejet public croissant contre la construction de centres de données indispensables à la croissance du secteur.

Une opposition publique croissante et transpartisane

Initialement centrée sur le Kansas, l'Ohio et le Wisconsin, cette campagne cible des États où la question des centres de données pèse lourdement sur les scrutins électoraux. Parmi les principaux bailleurs de fonds de cette initiative, on retrouve les investisseurs en capital-risque Marc Andreessen et Ben Horowitz, qui ont contribué à hauteur de 50 millions de dollars combinés, un montant également égalé par le président d'OpenAI, Greg Brockman.


Dans une déclaration officielle, Build American AI a expliqué que « les enjeux sont trop importants pour permettre aux voix les plus fortes et extrêmes de dicter l'avenir de l'Amérique » et que « chasser les investissements responsables coûtera des emplois bien rémunérés aux Américains, affaiblira les communautés et sapera la capacité de l'Amérique à diriger ». Le groupe de pression semble minimiser l'impact de l'IA sur l'environnement.

Les inquiétudes de la population portent principalement sur l'impact sur le coût de l'électricité, les risques de pannes de courant et la consommation d'eau. Selon des enquêtes de l'Annenberg Public Policy Center de l'Université de Pennsylvanie, l'opposition locale à la construction de nouveaux centres de données est passée de 49 % à 61 % en seulement quatre mois, avec seulement 14 % de soutien exprimé. Et la grogne continue de se propager.

Fait marquant, ce rejet transcende les clivages politiques habituels ; la protestation rassemble 75 % des démocrates et 63 % des républicains. Les analystes soulignent que lorsque l'empreinte physique de l'IA (factures énergétiques, nuisances sonores...) s'implante concrètement dans le voisinage des habitants, les arguments abstraits sur la compétitivité nationale perdent rapidement de leur poids face à des réalités quotidiennes très spécifiques.

Des répercussions politiques et financières majeures

L'ampleur de cette résistance commence à paralyser les plans de développement de la Silicon Valley, qui prévoit de dépenser plus de 700 milliards de dollars dans les infrastructures d'IA. Rien qu'au premier trimestre de l'année 2026, l'opposition locale a déjà bloqué ou retardé au moins 75 projets de centres de données. D'après les analystes, ces projets d'infrastructure représentent un investissement combiné estimé à 130 milliards de dollars.

Face à ces blocages, des États comme New York ont imposé un moratoire sur les installations géantes (hyperscale), tandis que le Texas applique un gel effectif sur les nouvelles constructions. Sur le plan politique, le Comité sénatorial national républicain (NRSC) a discrètement averti les géants de la technologie que le soutien aux centres de données est désormais devenu « toxique » pour les politiciens, qui peuvent perdre des élections locales.

Dans une note interne, le NRSC a prévenu que le candidat démocrate au Sénat dans l'Ohio, Sherrod Brown, faisait de l'opposition aux centres de données la « pièce maîtresse » de ses attaques contre le républicain Jon Husted, avertissant que si ce dernier venait à perdre, « l'industrie en sera tenue pour responsable ».

À l'inverse, le président Donald Trump a pris position en faveur de l'industrie technologique, déclarant sur les réseaux sociaux : « la seule raison pour laquelle les communautés à travers les États-Unis ne voudraient pas de centres de données [dans leurs régions] est qu'elles veulent finir par être arriérées et pauvres. S'ils veulent réussir et être riches, avec des impôts beaucoup plus bas et des emplois partout, que les données règnent ! ».

Le cimetière politique des élus favorables aux datacenters

La colère face à ces projets jugés destructeurs s'est rapidement transformée en une arme politique redoutable, balayant de nombreux élus qui avaient osé les soutenir. Dans l'Utah, le puissant président du Sénat de l'État et plusieurs fonctionnaires ont été battus lors des primaires pour avoir fait avancer le tentaculaire projet Stratos en ignorant les préoccupations exprimées par les communautés locales. Une situation qui profite à l'opposition.


« Est-ce que je pense que mon vote en faveur du centre de données m’a coûté mon élection ? Oui, je le pense », a déclaré l’ancien commissaire du comté de Box Elder, Lee Perry, après avoir reconnu sa défaite aux primaires, alors qu’il avait voté en faveur du projet Stratos, une initiative très controversée.

Dan Cassino, professeur de sciences politiques à l'université Fairleigh Dickinson et directeur du FDU Poll, a fait valoir que les centres de données sont déjà devenus un enjeu majeur dans les primaires, l'accessibilité financière étant désormais au cœur de la politique américaine et les prix de l'énergie étant devenus « le symbole actuel de l'accessibilité financière ». Selon lui, ces projets imposent un compromis inacceptable pour les résidents.

« Rien de tout cela n’aurait d’importance si les électeurs appréciaient ce que leur apportent les centres de données, mais ils n’en voient pas l’intérêt. “Vous paierez l’énergie plus cher, mais soit vous perdrez votre emploi, soit votre plan d’épargne retraite s’effondrera” : ce n’est pas un compromis que la plupart des électeurs sont prêts à accepter », a ajouté Dan Cassino. Les politiques de l'ensemble du pays commencent à ressentir cette colère :

  • Utah : le président du Sénat de l'État (J. Stuart Adams), l'ancien commissaire du comté de Box Elder (Lee Perry), ainsi que plusieurs autres fonctionnaires du comté ont perdu leurs élections primaires après avoir soutenu le vaste projet de centre de données Stratos près du Grand Lac Salé ;
  • Virginie (Warrenton) : les quatre membres du conseil municipal qui avaient approuvé un projet de centre de données pour Amazon ont perdu leur siège, remplacés au cours des deux dernières années par de nouveaux membres ayant fait campagne sur leur opposition à ces projets ;
  • Missouri (Festus) : en avril 2026, les électeurs ont évincé la moitié des membres du conseil municipal de la ville après que ces derniers ont soutenu un projet de centre de données estimé à 6 milliards de dollars ;
  • Oregon (Cascade Locks) : en juin 2023, les électeurs ont voté la révocation de deux commissaires du port de Cascade Locks parce qu'ils avaient soutenu les négociations concernant un projet de centre de données pour Roundhouse Digital Infrastructure.


L'Europe est appelée à protéger ses ressources déjà surexploitées

La demande croissante en eau pour alimenter les ambitions américaines en matière d'IA survient alors même que les réseaux d'approvisionnement en eau, qui se détériorent à travers le pays, ont besoin d'être modernisés. Sans surprise, de nombreuses entreprises du secteur s'attendent à ce que l'IA contribue à résoudre les problèmes d'approvisionnement en eau. Selon les experts, si rien n’est fait, les conséquences pourraient être dramatiques.

En Europe, les analystes préviennent que les besoins en eau pourraient dépasser l'offre à mesure que les vagues de chaleur s'intensifient. Selon un rapport de Grundfos, les besoins énergétiques des centres de données européens devraient plus que tripler d'ici à 2030, passant de 10 à 35 gigawatts. Leur part dans la consommation totale d'électricité en Europe, aujourd'hui d'environ 3 %, pourrait grimper entre 7 et 9 % à la fin de la décennie.

Cette croissance rapide fait peser une pression considérable sur les ressources locales ; les systèmes de refroidissement absorbent environ 38 % de l'électricité de ces installations et mobilisent d'énormes quantités d'eau. Grundfos estime que les besoins des centres de données peuvent atteindre entre 11 356 et 18 927 mètres cubes d'eau par jour pour les plus grandes infrastructures, soit l'équivalent de la...
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